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« Le NOUVEAU ROMAN ne vise qu’à la subjectivité absolue » Alain Robbe-Grillet

texte et mise en scène Christophe Honoré

Création Festival d’Avignon 2012 & 15 novembre < 9 décembre 2012

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avec Brigitte Catillon (Michel Butor), Jean-Charles Clichet (Alain Robbe-Grillet), Anaïs Demoutier (Marguerite Duras), Julien Honoré (Claude Mauriac), Annie Mercier (Jérôme Lindon), Sébastien Pouderoux (Claude Simon), Mélodie Ricard (Catherine Robbe-Grillet) Ludivine Sagnier (Nathalie Sarraute), Mathurin Votz (Robert Pinget) et Benjamin Wangermée (Claude Ollier, Françoise Sagan)

© Patrick Roux

Brûlons le vieux roman sentimental © Patrick Roux

Le Nouveau Roman, cet inconnu littéraire. Ce courant fut traité comme l’étranger qui aurait mangé dans l’assiette de la littérature française – à prononcer avec l’accent gaullien : la littérature fran-çaise. Amalgame de plusieurs figures littéraires fortes mais fortement dissemblables (de Mauriac à Duras, il y a une distance impressionnante), il nous parvient aujourd’hui comme un courant vaguement étrange et hors du temps, voire envolé aux quatre vents – resterait Duras et les Editions de Minuit, Jérôme Lindon à leur tête ayant été leur chef d’orchestre. Christophe Honoré, sympathisant, ne cherche pas dans Nouveau roman à exalter cette aventure avec mais à la déplâtrer en quelque sorte, parce que, ironie du sort, ceux qui semblaient les moins académiques ont fini par devenir des gloires littéraires nationales (pas tous, mais cela déteint même sur le suisse Ollier qui devient une figure un peu ennuyeuse d’avant-garde). Christophe Honoré recontextualise leur histoire, pour faire retrouver son sens et son goût. Il en fait le récit mais dans le style du nouveau roman.

Intéressant projet, à forte connotation culturelle : présenté à Avignon et à l’affiche de la Colline où il fait salle comble, beaucoup et beaucoup de monde vient prendre connaissance de cette histoire-là. Louable. D’autant que le récit qu’il en fait n’est pas épique mais dans la veine du Nouveau Roman, ai-je dit, car désacralisant. Christophe Honoré transmet leur flamme en quelque sorte. Il semble désirer que reprenne feu cette histoire littéraire qui, depuis la fin des années 90, semble avoir éclaté. Il est vrai que le temps aussi semble avoir éclaté avec la victoire définitive du marché. A moins que ce ne soit l’effet de l’irruption des technologies de communication en temps réel au plus près de nos corps via les mobiles et Internet. Ce qui est lié. Je vois là un tournant, où le rapport à l’autre, qui est un rapport au temps, se trouve malmené et finalement quelque chose de la notion d’histoire, de récit, implose. Il est toujours possible d’en fabriquer, des récits, mais ils sentent le kitsch – à mon sens et quand en 2007, le festival d’Avignon donna un coup de barre à droite pour remettre au centre cette notion et faire sentir comme les poètes de la scène devaient rester de périphériques trublions, le kitsch commença à s’étaler de façon pompière sur les scènes sous la bannière de Wajdi Mouawad. Mais plus profondément, ce dont témoigne les auteurs du Nouveau Roman –  Sarraute, Robbe-Grillet et sa femme Catherine (au pseudo de Jean Seberg), Duras, Pinget, Simon, Mauriac, Ollier et Beckett – c’est que le temps a déjà volé en éclat quand ils arrivent dans les années 50. Les conditions du récit étaient déjà sapées. Et comme le rappelle tout de même Christophe Honoré au détour d’une répartie d’un des auteurs (je ne sais plus lequel), il y avait beau temps que le roman n’était plus possible et qu’étaient venus Proust, Joyce, ou Kafka, c’est-à-dire des formes de récit travaillées par la narration de soi, par l’odyssée de soi, par la recherche d’un temps, d’un rythme qui se désynchronise du ton épique que l’Histoire prenait hystériquement. En somme, écrire était devenu rechercher son narrateur et pour cela, retrouver son temps propre. A leur suite et après-guerre, il faut ajouter côté américain Henri Miller, épigone un peu grotesque et Blaise Cendrars, merveilleux aventurier sur tous les plans. Le surréalisme de Breton sur ce plan-là est lisible avec ses trois récits fondateurs autobiographiques et documentaires Nadja, Arcane 17 et L’amour fou.

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Comme son nom l’indique, ce courant réactualise le romanesque. L’acte du Nouveau Roman n’est pas tant d’avoir remis en cause le récit, que d’avoir voulu qu’il recommence mais sans faire semblant. En ce sens, je peux me tromper, mais Christophe Honoré me semble déployer un mouvement qui inviterait à reprendre l’histoire là où elle se serait enlisée, dans ces sables mouvants des années 90. Il est exact que depuis nombre d’écrivains typiquement français ont paru, qui se fichent comme de l’an 40 (c’est le cas de le dire) de ces questions et qui caracolent avec leurs histoires comme si de rien n’était. L’étal du moindre libraire actuel nous montre tristement que l’inconscience frôle la niaiserie sur ce plan-là. J’ai été très étonnée de voir Christophe Honoré nous rapporter en vidéo l’interview de Geneviève Brisac qui, en la matière, détient une palme. Et il n’est pas tout à fait vrai de dire que leur nouveauté est d’avoir dégradé le roman à la Balzac qui était depuis longtemps hors jeu, comme le leur a reproché la critique littéraire de l’époque, aussi vaine que celle d’aujourd’hui. Il est plutôt de lui avoir redonné un avenir, à une période où le roman engagé (avec Camus ou Sartre qui me viennent en tête) virait au roman éducatif chiant (ce que le vieux roman français de Balzac à Flaubert en passant par Hugo et Zola a toujours été), tandis que des auteurs comme Klossovski ou André Pieyre de Mandiargue écrivaient en continuant le fil  du Surréalisme et de la pensée qui soutenait ce mouvement, via Bataille. Il faut lire Butor, Sarraute, ou Robbe-Grillet en sachant qu’en même temps, Thomas Bernhard excellait dans l’exécration de son époque d’une manière tout à fait subjective. De même, je ne résiste pas à citer Ingebord Bachman et Elfriede Jelinek qui, dans la précipitation de leur écriture, dirent quelque chose de cette histoire de temps volé. Il y a aussi, hors concours, Gombrowicz qui faisait déjà presque du Nouveau Roman (Ferdydurke) en 1937.

Que raconter quand l’existence individuelle prise dans la masse n’est plus rien ? La question, ce fut de quoi faire l’histoire quand l’existence a perdu toute valeur ? quand chacun sait bien que sa vie ne fait plus une histoire ? Démythifier l’existence individuelle, c’était répondre aux auteurs d’avant-guerre qui avaient, en recherchant leur narrateur, pris le risque de vendre devenir des figures de légende. Les auteurs du Nouveau Roman ont donc cherché des sujets hors d’eux-mêmes, comme ils l’ont martelé. Duras disant qu’elle n’avait aucune importance. Sauf que sa plus belle période d’écriture, à partir de la rencontre de Yan Andréa Steiner, est marquée par le retour sur soi avec L’amant ou d’autres textes influencés par son histoire avec ce compagnon. Ne parlons pas de Robbe-Grillet dont les obsessions sexuelles délicieusement perverses étaient le sujet central. Il y a eu là une sorte de mensonge pieux, qui a sous doute brouillé leur image, mais qu’il faut relier à leur hantise. Ils ne voulaient que le soi, que l’intime ; ils voulaient aussi représenter comme personne, fut-il écrivain, n’est privilégié : des histoires, on en vit des bouts mais cela ne fait jamais une histoire. Voilà le tableau. Il n’est qu’en filigrane dans la mise en scène de Christophe Honoré mais il est là.

Christophe Honoré s’attache à ce titre à restituer comment les auteurs du Nouveau roman sont de leur temps. Et que si l’écriture engagée leur parut un repoussoir, il n’empêche qu’ils furent engagés dans leur temps. Pas seulement parce que, comme cela est rappelé avec l’exemple de l’appel à l’insoumission contre la guerre d’Algérie, ils participèrent à la vie politico-intellectuelle de leur époque, mais parce que l’époque a déteint sur eux, parce que leur écriture y répondait, ou y résistait. Elle réinjectait une lenteur par exemple, aussi une décoloration comme pour exorciser la frénésie du marché et les tons criards de l’esthétique publicitaire. Lenteur et décoloration, cela, Christophe Honoré ne le restitue pas, soit qu’il suppose que chacun le sache d’une manière ou d’une autre (et c’est possible), soit surtout qu’il préfère restituer la dynamique d’un mouvement.

© Raynaud de Lage

© Patrick Roux

Une aventure de la langue. Christophe Honoré cristallise, synthétise l’aventure du Nouveau Roman, en montrant une ménagerie de créatures littéraires touchantes et bizarres marquées par les traversées où l’écriture les a entrainés. Comme disait Duras, si l’on commence un récit en sachant où l’on va, autant arrêter. Créé et écrit à partir d’improvisations, le « texte » n’en est pas tout à fait un : c’est plutôt un tissu de citations d’interviews ou de textes (comme L’ère du soupçon de Nathalie Sarraute), d’anecdotes révélatrices des traits de caractère connus de cette équipée d’auteurs. Comme autant de synecdotes. Créatures à demi enfantines à demi monstrueuses, leur caractéristique, telle que Christophe Honoré la montre, n’est pas d’avoir participé au Nouveau Roman mais d’être des écrivains tourmentés par l’écriture. Tout écrivain ou écrivant se reconnaîtra dans les portraits qu’il dresse, à en pleurer de rire – c’est qu’être écrivain, en France du moins, c’est prétendre entrer dans une confrérie très sérieuse à l’ombre de l’Académie française, alors que de l’être, chacun sait qu’il n’est un enfant égaré (il faut se souvenir que Duras raconte des blagues qu’elle faisait en se pliant de rire). Robbe-Grillet en culotte courte, par ex. La distribution est pleine d’humour et de délicatesse, de tendresse même. En Lindon, une sorte de Marie-Thérèse Allier bis (Annie Mercier) ou en Duras, une jeune femme presque passe-partout (Anaïs Dumoustier) sachant que Duras se disait quelconque, etc. Marqués au fer d’une différence plus ou moins secrète, ils trouvent dans leur écriture le secret d’un anonymat. Je suis personne, disait Duras dans un entretien, quand j’écris et elle disait aussi que c’était effrayant. L’homosexualité de Pinget n’est peut-être que le cache-sexe d’une autre différence, celle-là plus inavouable : celle d’un imaginaire qui n’est pas normalisé, d’un rapport au temps blessé qui fait écrire, d’un retrait du social. La pensée de Duras sur l’individualité est centrale. Et l’interwiew d’elle citée à ce sujet dit bien comme elle s’articule, cette pensée, à une analyse de nivellement par le marché. Ces écritures plus ou moins blanches parce qu’économes en images, en mots, au lexique, ces écritures moins laconiques que scandées de silences, sont avant tout une invite à se distancier de l’époque, à reformer de l’intime en s’exonérant de son temps, sans entrer dans la légende donc.

Une théorie mais pour riposter à la bêtise critique littéraire ordinaire. En somme, et c’est là où la critique française les a peut-être haïs, révéler de l’irrécupérable pour la Nation. Penser ici à L’innommable de Beckett (un irlandais en plus). L’idée étant que tout ce qui peut glorifier la nation peut nourrir le monstre guerrier du patriotisme, et les écrivains en France particulièrement, cette nation ayant fait de la littérature l’un de ses traits de génie justifiant sa domination colonisatrice. Mais, sitôt que l’écrivain se révèle n’être qu’un artiste, alors… Comme le dit dans une interview filmée de Charles Dantzig, la France n’aime pas les artistes. La France est réactionnaire et ne s’intéresse à la littérature qu’autant qu’elle fait des belles lettres un honneur. Les artistes, ce sont des diables. Il leur fallut donc se défendre, ces auteurs du Nouveau roman, de cette critique, et s’affirmer, donc se trouver une identité. Ecrire de la théorie. Et faire mouvement. Mais la reconnaissance de quelques uns d’entre eux ne tarda pas à les diviser et à laisser le Nouveau Roman telle une table vide avec Robbe-Grillet devenu académicien et son petit-bout de femme seuls autour.

La moquette. © Raynaud de Lage

La moquette. © Raynaud de Lage

Soi avant tout. Christophe Honoré met l’accent sur cette pensée qui les animait et qui était de s’effacer dans l’écriture, de ne pas rendre apparent les liens entre leur aventure intérieure et les récits par lesquels ils passaient avant de et pour la transmettre. Et les acteurs rendent compte de cela, leurs personnages comme pris dans la banalité de la vie humaine – qui boivent, mangent, se chamaillent, rient, chantent, font des bêtises et soudain écrivent. A rebours de toute idée magistrale de l’Auteur. Inoubliable moment où les auteurs se mettent à leur machine, tandis que la lumière baisse. Christophe Honoré, de tempérament élégiaque comme ses films, donne là une juste idée du principe qui unissait ces auteurs du Nouveau Roman. Même si c’est propre à presque tout écrivain, ce côté enfant pas sérieux, c’est aussi – j’insiste – ce qui fit le motif des auteurs du Nouveau Roman, protéger l’intime, le secret, ne pas fabriquer du récit, de l’histoire là où au niveau de cette intimité il n’y en a point. Il y a de la mémoire, des bribes, des choses mais pas de quoi faire une légende d’un seul tenant. Christophe Honoré, en faisant se présenter les acteurs sous leur vrai nom au prologue et nommer quel personnage d’auteur ils jouent, met en scène cette faille entre l’auteur et l’intime et rend sensible cet intime que le corps de l’acteur se met à incarner, à représenter. En ce sens, il commente le portait de Beckett (portrait tiré pour les Ed. de Minuit comme une série connue), en disant, Beckett se sait roi, à cet instant. Avec cette idée du corps du roi qui est double : le corps royal et le corps humain. Avec cette parabole, Christophe Honoré restitue bien la pensée du Nouveau roman mais peut-être se trompe-t-il de sens. Le corps royal n’est pas celui qui écrit comme il le dit, « le corps du verbe » – et réintroduire la notion de verbe là effraie – mais celui qui reste pour la postérité sous la forme du nom d’auteur (Duras était un pseudo par exe), sorte d’enveloppe vide. L’écriture, à mon sens, elle, vient du « corps merdeux« . L’écriture dans le Nouveau Roman a cette exigence de rester au plus près des sensations, du soi, en dehors de toute historicisation.

A Avignon. On remarque le fond de scène vide. © Raynaud de Lage

Une mise en scène clivée. Mais, si la forme comme n’ont cessé de dire les auteurs du Nouveau roman compte avant tout, et s’il importe de créer des formes nouvelles pour évoquer le réel qui lui ne se recopie pas, je m’interroge sur la forme que choisit Christophe Honoré. Ce qui frappe en entrant dans la salle, c’est la scénographie. Enorme (signée Alban Ho Van). Certes, elle participe de l’imaginaire de l’intime que Christophe Honoré met en place, campant un vaste lieu de réunion fantasmatique où ces écrivains se retrouveraient d’épisode en épisode, à mesure de leur avancée dans la carrière. Il est drôle avec sa moquette à motifs verts et ses boiseries bizarres dans le fond ; et aussi avec sa chaire et son architecture à escalier en forme d’agora demi concentrique. Et ses micros partout. Christophe Honoré prend bien garde à en laisser le centre vacant. Mais il a un défaut : il est terriblement théâtral. Il fabrique à lui seul de la légende. C’est presque à la Colline en fond de scène les boiseries des Roches Noires de Duras et presque aussi la moquette (je me fais peut-être des idées) d’un bureau d’éditeur à Saint-Germain-Des-Près. Il y a en tout cas la trace de quelque chose d’embourgeoisé, qui a sans doute marqué ces auteurs mais qui au lieu d’être un arrière-plan, apparaît au premier. De sorte que nous restons au théâtre, même si c’est un théâtre pirandellien. Et évidemment, si décor il y a, il y a personnages et situations, et frontalité, et le spectateur pris à témoin ou transformé en voyeur. Il y a là une avalanche de codes. Une virtuosité de l’acteur et de la mise en scène – Christophe Honoré ponctuant soigneusement les trois heures de représentation de divertissements intelligents, pour exorciser tout risque d’ennui – qui laisse le spectateur sur le carreau. On est loin, là, d’une écriture blanche et silencieuse. Il manque cette part du vide qui permettrait au spectateur de se projeter son propre soi, de renouer avec son propre intime, avec sa pensée. C’est bien pour remplir que Christophe Honoré installe un fond de scène. Au lieu de laisser le théâtre apparent, il masque la déchirure, la béance au bord de laquelle ça écrit. Le spectateur ici est dans une position conventionnelle de tête  que remplit la représentation devant une représentation d’un auteur finalement stable. Pendant la représentation, il se sent transporté, ensemencé de milles idées, voire touché et remué, et, à la sortie, il reste l’impression d’avoir traversé un songe – ce qui est pas mal, déjà – mais vaguement épuisé et abandonné, sans élan véritable. Je me demande en fait pourquoi Christophe Honoré fait du théâtre comme il est de bon ton d’en faire, d’autant qu’il sait très bien le faire et n’a rien à prouver sur ce plan. Pourquoi il n’interroge pas plus le regard et l’oreille, avec l’espace et les rapports scène/salle.

Manque le gouffre. Mais plus avant, l’idée ne serait-elle pas de dire qu’il faut pour être écrivain (ou créateur) quelqu’un qui joue à être un personnage d’écrivain (ou de). Une idée reçue qui empoisonne l’écrivain, qui l’encombre. Pour lui, rien n’est jamais acquis – et Christophe Honoré le rapporte à travers l’anecdote de Duras qui resta trois jours à pleurer parce que Jérôme Lindon lui avait renvoyé le manuscrit de L’amant de la Chine du Nord corrigé comme une vulgaire copie. Il n’est rien de plus mauvais que le moment où l’écrivain se prend pour un écrivain. Le moment où il s’auto-légitime. Je me demande si ce n’est pas cette chose-là, cette faille, qui n’est pas suffisamment mise en scène. Et cette faille était d’autant plus sensible chez les auteurs du Nouveau Roman qu’ils ont été les premiers (excepté peut-être Butor et Mauriac) à refuser à se prendre pour tels. A se débattre non pas en professionnels de l’écriture, en gens de métier, mais en tant que personne (qui n’est personne). Je me demande si passer leur mouvement, leur nuit comme il est rappelé que Duras nommait ce gouffre-là, ne demandait pas d’abandonner les repères théâtraux fondamentaux. Je me demande si Christophe Honoré n’aurait pas gagné à travailler avec Frédéric Fisbach. Dès lors, alors que les acteurs et le texte évoquent ces auteurs, leur énergie, leur sauvagerie, d’une manière qui nous atteint profondément, là où nous savons que nous sommes comme personne à la recherche de nos histoires impossibles, et comme il se trouve que le vide devant lequel ils se débattaient n’est pas mis en scène, ils semblent parfois seulement frivoles, mondains même. Ce qui a pu expliquer les mauvais échos que j’en eus à Avignon, alors que le sujet soulevé par Christophe Honoré est d’un point de vue critique d’une pertinence brûlante pour interroger ce qui reste de l’écriture aujourd’hui. Remarque, justement, c’est peut-être ça qui a le plus fait grincer le train-train avignonnais. L’écriture réinterrogée sous cet angle.

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© Remy Chevrin qui signe la création lumière.

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