Mon amour n’y comprendra jamais rien

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OPENING NIGHT, a vaudeville / MARK TOMPKINS

avec Mark Tompkins, Mathieu Grenier et Rodolphe Martin (et Jean-Louis Badet)

Comme un rideau rouge de cirque avec ses paillettes, le désir. Grotesque et bouleversant. Mark Tompkins atteint là la quintessence du désastre amoureux. Son pittorsque ( son romantisme). Il y a vraiment un beau rideau rouge de cirque, pailleté et frangé, et des travestissements. Allez on va être content… Mais non ! Pas du tout ! Les travestissements sont minables. Après l’apparition de Mark Tompkins en diva qui se prépare et repasse sa robe, tenons-nous le pour dit, cette robe, il ne la passera pas ou trop tard. On ne verra rien de ce jeu-là. On verra autre chose, quelque chose de l’abandon de la femme qui est percluse de passion. Et passion de quoi ? Rien de bien sublime là. 

Une traversée comme une vague errance, une nuit, du sentiment amoureux blessé. Comme un sourire jailli des larmes et éclatant en un rire pas d’enfant. Comme un au revoir de la main à un amour qui s’en va, qui imite la diva. Image ici en hommage à ce que Mark Tompkins rêverait sans y croire. Ce n’est pas si drôle que le prétend le théâtre sur son site Internet de façon pathétique, cet Opening night, a vaudeville. C’est la volonté communicationnelle du théâtre de promouvoir ce moment comme un moment hilarant parce que Mark Tompkins en passe par le chant et les poncifs de la comédie musicale qui m’interroge. Comme s’il était malséant de parler de cette descente, de cette manière de pencher, de crever d’amour alors même que ça va avec quelque chose de tellement plus vivant que toute prétention à réussir en ce domaine. C’est tout ce qu’un vaudeville ne pourra jamais évoquer. Comme un poème aussi dont on se saisit de quelques mots, quelques traces comme apparaissant à la faveur des moirures du souvenir passionel. C’est construit, affreusement. Une distance juste avec cette affreuse douleur, ce qui lui ôte ce qui en fait souvent un chantage à la compassion. Ici le drame amoureux est nôtre parce que c’est toute sa distance à ce qu’il se rêve qui est mise en scène. Et il n’est pas nôtre. Il y a quelque chose d’affreux. Le performer est au-dessus de nous dans sa puissance amoureuse et dans ce qu’il a évu (ici nommé de façn autoficitonnelle comme une soirée où il y eu apparition : une seule nuit a suffi… ). C’est cet entre-eux du rêve qui compte. Et le personnage de l’acolyte (Matieu Grenier), mauvais présentateur et mauvais animateur mais si sensible et si drôle… C’est le relief qui se donne là, le relief avec la niaiserie de ce monde qui met en spectacle des passions de bordel, de rien ou pire : de média.

Mark Tompkins ne vient pas nous toucher, nous émouvoir directement mais comme certains parfums ou airs de musique qui restent entêtants, il nous emmène vers nos propres secrets et blessures. C’est parler d’amour comme en mourant. Ce qui me reste : énigmatique.   Ce qui se suggère : On est cent mille fois plus attirant et intéressant d’évoquer ce qui a raté mais a quand même eut lieu, rien qu’une fois, cet instant du désir qui brule tout, que de ronronner sur une pseudo histoire d’amour réussie.  Mark Tompkins a tellement raté qu’il n’est  pas Gena Rowland dans Opening Night, de Cassavetes (son amant), qui la filme bourrée entrant dans le champ de la caméra. Justement, il parle de cet en-deçà, de cette époque où ça ne peut plus arriver, cette scène-là, mais qui rêve de ça, qu’il se passe quelque chose dans le champ de la caméra, qu’il y ait des liens tellement plus forts… Il y a une tristesse drolatique. Il est trop maigre, trop désolé. Et pas à la hauteur. Même travesti en Gena, avec l’armoire magique du comédien qu’il expose pour montrer ses pauvres tours il est n’est qu’un égarement et en plus, il signe la pièce. Gena Rowland n’a jamais rien signé. C’est beau. Combien nos histoires d’amour se rêvent sublimes et ne sont que très en dessous de nos imaginations. Travestissements, jeux, tout cela ce n’est que pauvre effort pour être à la hauteur de la passion.

Mais soudain, passe l’étrange figure du désir, inaltérable. Et cela, c’est son regard qui le met en scène. Un jeune homme sans âge qui passe comme une figure arabisante (Rodolphe Martin), le cul magnifié de pétales et ondulant terriblement, avec l’ombre chinoise (quel cliché) sur un autre rideau, et c’est tout le corps de cet créature-là qui est pris d’une rage de désir à être pris et offert. Juste ça qui passe et déborde. Il râle en bougeant son cul tellement érotiquement et pas seulement le cul : le dos, la tête, les bras, tout le corps attendent. Figure muette qui n’aura jamais la parole parce que sa parole est dans cette ondulation de l’être à partir du cul (Rodolphe Martin) et qu’il n’a rien à dire de plus et cela suffit. Tout se trouble. Gena est dans cet appel à la jouissance-là. Mark Tompkins en Gena, de toute la misère de son corps trop maigre, rêvant de séduire cette jeunesse de Gena, soudain pure incarnation de la sexualité virile dans son secret. Gena et le jeune garçon et soudain le regard lavé de larmes de Mark Tompkins tellement désirable comme dirait Gombrowicz pour toute jeunesse éperdue. Fête du désir. Ambivalence, retournement, trouble : nous y sommes. Et tout cela, finalement, en silence. Les chansons en anglais, aux paroles très simples, écrites pour le moment, ne sont que des mots griffonnés sur un carnet. Silencieux. 

734394_10200314941056806_1615053316_n Dormir, rêver, tomber amoureux une nuit, jouer et ne plus jouer. C’est bien sûr en regard du film de Cassavetes, du même titre.

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