# GRECE # Marseille (local des Solidaires) # rencontre SYRIZA / VISA # antifascisme. Avec Nikos Graikos.

Nikos Graikos, du Syriza.

Nikos Graikos, du Syriza.

Il est clair que quand, le lendemain de cette rencontre du 26 octobre, je lis un article très mauvais dans Libé, article dénué de tout recul critique, je me dis que ce dont on a parlé hier soir, entre autres, cette complicité objective voire servile des médias, ici ou en Grèce, était très juste. En fait, le problème de la lutte antifasciste c’est que le fascisme est déjà là dans les pouvoirs socio-démocrates ou de droite, et qu’ils se servent des extrêmistes de droite comme des équipes chargées de répandre l’engrais sur des idées qu’il leur suffit de récolter ensuite aux élections. En Grèce, c’est plus brut, plus clair.

En juin dernier, toutes les chaînes de télé et de radio publiques ont été fermées sans préavis via une réquisition par l’armée des émetteurs. L’armée ! Il y a un article sur le site du Monde monstrueux qui dit que récemment une chaîne publique a été rouverte, sans commentaire, sans dire que parmi les 2500 journalistes mis à la rue du jour au lendemain, certains continuent depuis quatre mois à occuper les lieux et à tenir une chaîne diffusée sur le Net et regardée par les grecs. Il est question que d’ici le 1er janvier, la police vienne chasser ces résistants malfamés. Même les journalistes français semblent indifférents à leur cause. Seraient-ils capables eux de défendre ainsi la liberté d’information ? De quels milieux viennent-ils pour la plupart ? Ont-ils déjà souffert plus que dans un embouteillage parisien ou lors d’un bugg technique ?

La manière dont ont été arrêtés les leader de l’Aube Dorée dont certains parlementaires participe de cette manière forte d’un gouvernement fascisant. Ils les ont arrêtés médiatiquement, un samedi matin et peut-être avec des vices de forme. On découvre aujourd’hui dans les médias que Aube Dorée est une organisation semi mafieuse de tarés, détenteurs d’armes, proxénète et j’imagine trafiquants de drogue : mais les dossiers qui ont été sortis pour leur arrestation étaient connus de longue date du gouvernement (dont un membre celui à la santé est un ancien d’un ex parti d’extrême droite le Laos). Et de longue date, le gouvernement savait que cette organisation politique à demi démentielle commettaient l’équivalent de ratonnades contre les étrangers, et toute personne les secourant. Depuis plusieurs années, en toute impunité, ce mouvement dont certains leaders chantent dans des groupes de heavy métal sataniques (faut voir) et dont les statuts sont directement inspirés de ceux du parti d’Hittler, recevait des fonds publics au nom de la liberté d’expression quand le gouvernement gazait en même temps les révoltes populaires place Syntagma contre le mémorandum qui est cet accord avec la Troika pour ruiner non pas la Grèce mais la population grecque. On vient d’apprendre que les fonds d’investissement grecs se sont enrichis de manière affolante… depuis 2011.

Alors, ce dossier dans Libération sur l’Aube Dorée  est minable car il se contente de reprendre les éléments de langage du gouvernement grec en réduisant l’arrestation des membres de l’Aube Dorée les plus éminent à une enquête sur le meurtre de Pavlos Fyssas, le tout assaisonné par une visite aux parents éplorés. Un vrai dossier critique  devrait interroger pourquoi précisément ce meurtre-là alors qu’il y a eu des centaines d’agressions et plusieurs meurtres commis avant, pourquoi celui-ci déclenche-t-il maintenant la réaction politique du gouvernement en place : il y a plusieurs possibilités mais la plus probable est que les futures élections arrivent et que les 20% dont été créditée Aube Dorée c’était trop (c’est revenu à 8% mais quand même, 8% pour une organisation délinquante…).

Les élections sans télé libre, avec comme l’expliquait Nikos Graikos un micmac qui mélangera élections européennes et municipales avec des listes quasi illisibles, voilà ce qui arrive à la Grèce. La Grèce est déjà refascisée, c’est un fait. Les prochaines mesures d’austérité, comme si la coupe n’était déjà pas assez pleine, prévoient de surtaxer les petits vergers et potagers, qui actuellement aident les grecs à survivre, à s’entraider. Les vergers d’oliviers, de pistachiers, par exemple, sont fondamentaux ; de même, les petites cultures locales, sur les îles, aident les gens à se nourrir, et à manger de façon saine. Mais la loi prévoit bientôt l’interdiction des graines non OGM ! Le gouvernement, sous influence de la troïka, va-t-il interdire aux grecs de pêcher à la ligne ou au harpon ? ?

Ce pays vit une tragédie atroce, dans l’indifférence complète des Européens. Il m’arrive de croiser des gens de gauche, ici, qui disent que les grecs l’ont bien cherché, qu’ils ne payaient pas d’impôt, etc. Ce qui est faux. Ceux qui ne paient pas d’impôt ce sont les grands propriétaires terriens par ex, les forêts n’étant pas destinées à être surtaxées, elles. Mais là-encore, la véritable cause de la dette n’est pas ce fantasme d’un service public gigantesque comme un tonneau des danaïdes dont les grecs auraient joui follement, mais bien d’abord les jeux olympiques de 2004 qui ont entraîné des investissements pharaoniques qui ne servent à rien (il faut voir ces grands stades vides, de béton, dressés en bord de mer à Athènes entre des échangeurs autoroutiers prétentieux, et qui de plus barbarisent l’urbanisme athénien à l’endroit du Pirée, coupant les circulations internes au tissu local). Il y a en a d’autres : des ponts à péage hors de prix entre des îles qui restent déserts, le bateau étant moins cher ; un musée tout en marbre noir pour l’Acropole. Et qui a construit ces beaux équipements tellement utiles au développement local ? Pas les Grecs, sinon sur les chantiers, où ils n’ont pas dû être grassement payés. De même la Grèce est le premier client en armement de l’Allemagne, de la France et de l’Italie. Le premier ! Et cela continue même après les leçons d’austérité assénées sans discontinuer aux méchants grecs qui travaillent si peu. Je veux dire qu’à un moment, il faut voir que la Grèce a été vampirisée par l’Allemagne qui vend jusqu’à de la féta en échange de ses bons et loyaux services à la Grèce, et la France n’est pas en reste. Hollande à peine élu, s’est précipité là-bas et a saboté l’image de la France pour des générations, s’empressant de vendre de quoi polluer la mer Egée, c’est-à-dire des matériels d’exploration pétrolières. L’Algérie sait comme dans un pays corrompu, l’exploitation des gisements fossiles enrichit la population, c’est fou. Mais la France a été aussi sur le pied de guerre pour aider aux privatisations de l’eau, par ex, qui est une ressource essentielle, notamment dans les îles où elle est souvent livrée par bateau. Les 50 cl d’eau là-bas c’est 50 cent dans une vente à emporter. Ce sera bientôt 1,50 euros comme en France. Etc, etc. La liste des iniquités, des ignominies commises par le gouvernement allemand et celui de Hollande est longue, par la TroÏka donc. Il est certain que DSK n’était pas dans cette optique, et que c’est bien une des raisons de son évictions : il était dangereux, cet homme, pour la progression néolibérale, il posait vraiment la question de la dette.

Le néolibéralisme appelle au fascisme, il en a besoin pour s’imposer sans retour. Que nous nous le tenions pour dit. Comment le gouvernement français peut-il encore accepter d’avoir des relations avec la Russie, qui est un pays où les droits de l’homme sont bafoués, où la liberté d’expression n’existe plus, sinon qu’il ne voit pas où est le mal ? Un Etat où les goulags ont survécu à la soi-disant chute du soviétisme, sous le terme guère plus enthousiasmant de « colonie pénitentiaire » peut ne pas être blacklisté. Ces colonies sont en fait, comme en témoigne le récit de Nadeja, cette Pussy Riot mère d’un enfant de cinq ans, condamnée à trois ans dans un camp en Moldavie, des camps de concentration, ni plus ni moins. Sa lettre (lue sur France-Culture le 31 octobre par Jeanne Moreau qui s’est éprise de sa cause) me rappelle un recueil de poèmes et de textes de Grecs enfermés pendant des années pendant la guerre civile dans des camps sur des îles, en dehors de toute humanité, femmes, enfants, hommes y mourant, dans l’indifférence européenne d’alors (L’amertume et la pierre, poètes du camp de Makronissos, 1947-51, Ed ypsilon contre-attaque, Paris, 2013).

Le néolibéralisme européen ceinture le coeur de l’Europe de pays où progressivement la notion de droits de l’homme devient déjà du passé romantique. Des pays qui sortis de dictatures ou de régimes communistes ont cru accéder aux libertés européennes en accédant à l’Union européenne. Mais immédiatement jetés en pâture au néolibéralsme alors qu’ils n’avaient pas les lois pour lui donner des bornes, des pays comme la Hongrie, la Roumanie et la Bulgarie sont tombés directement sous la montée l’extrême-droite voire comme en Hongris sous un gouvernement d’extrême-droite. En Grèce, à cause d’une culture politique différente et populaire de résistance et d’idées de gauche, cela s’est passé différemment. Mais la Grèce a depuis sa formation (sa sortie de la mainmise turque à la fin du 19e) connu plus de régimes autoritaires que de démocratie. Libérés du régime des colonels en 74 grâce à une révolte interne d’étudiants, régime qui était soutenu par les Américains, il faut attendre 1982 pour que les résistants et tous les anciens déportés retrouvent leur citoyenneté, car jusque-là ils étaient encore considérés comme des criminels ou des délinquants ayant purgé une juste peine, à qui on avait fait la grâce de les libérer.

Camp Rom à Marseille, détruit le 21 octobre 13. 400 pers. chassées.

Camp Rom à Marseille, détruit le 21 octobre 13. 400 pers. chassées.

Et la France ? Et bien la France a retrouvé ses juifs en l’espèce des Roms, de 15000 Roms itinérants, et l’acte du président de la république, interpellant par-delà des frontières une mineure Rom expulsée dans la plus grande brutalité pour lui proposer un double-bind, et cela comme une grâce de sa Majesté (lui donnerait-on une place dans un internat jésuite par ex ?) et cela encore sous la pression d’une opinion publique devenue folle, c’est bien un signe terrible non pas de lepénisation mais de cette fascisation qui nous arrive, concrètement. Avec la boîte de pandore qui s’ouvre : les roms voleurs d’enfants, les roms voleurs tout court, les roms inaptes à l’intégration, les roms sauvages illettrés, des pouilleux, des mafieux, etc. Mais la police ne peut-elle enquêter sur ces victimes évidentes d’actes criminels qu’on voit mutilés faire la manche ? La plupart des Roms n’ont rien à voir avec ça en vérité. Mais il est vrai qu’à être traités comme des chiens ici ou ailleurs, il ne faut pas s’étonner qu’ils se comportent comme tous les humiliés de la terre, sans voix. Simplement, il est devenu insupportable que des gens vivent autrement que selon la norme européenne d’esclavage consumériste consenti.

Rappelons-nous le groupe des Tiqqun avec Julien Coupat traité comme des terroristes sanguinaires parce qu’ils avaient écrit un livre de poésie utopique, de résistance politique. Des mois de prisons, des interdictions de se voir entre époux, entre amis, des résidences surveillées, etc., tout ce déploiement pour écraser un petit groupe d’intellectuels à l’influence bien restreinte. Comment aussi récemment la résistance contre l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, a été traitée sauvagement (plusieurs blessés graves, des yeux perdus, des traumatismes, des militants interdits de résider dans leur région natale, etc.) La France a aussi ses nouveaux juifs en l’espèce des clandestins, raflés régulièrement, comme des sous-hommes, au mépris de tout droit de l’homme, dans le silence général et sous la protection de la lâcheté des hommes politiques qui seraient éventuellement contre ça. Le premier droit de l’homme c’est le droit à fuir la détresse, de droit d’aller voir ailleurs, le droit à circuler de par le monde, comme les marchandises, mais gratuitement. Un rêve…

La ministre de la Justice, courageuse, essuie des quolibets qui ne soulèvent pas de tempête politique (voir un billet d’Hubert Hertas sur France-Culture se fait une remarque similaire à la mienne). Et pourtant, là il faudrait un front commun pour dire que.. Je rêve puisque des députés de droite pensent tout bas ce que des pauvres gens gueulent tout haut et que ceux de gauche n’éprouvent plus rien, sinon la sensation d’être des pantins accrochés à des sièges éjectables. Nous glissons et nous ne voyons pas que la stratégie n’est plus social-démocrate, qu’elle est autre. Il s’agit bien de répandre la peur dans toutes les franges résistantes de la population, de transformer les pays en colonie pénitientiaire, où le moindre citoyen qui s’insurge ou refuse de vivre comme on le lui enjoint de le faire, se verra réprimé, et sauvagement étouffé. Et cela, pour que le néolibéralisme prospère pour l’éternité. Et pendant ce temps il y a encore des électeurs socialistes qui se rassurent en se disant que les résultats des municipales ne seront pas si catastrophiques… Mais la catastrophe politique est déjà là.

Pavlos Fyssas, assassiné par l'Aube Dorée.

Pavlos Fyssas, assassiné par l’Aube Dorée.

 

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