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Je ne sais pas pourquoi mais payer les TGV et les trains français m’est devenu insupportable. Avant je payais mon billet mais j’étais d’humeur exécrable à bord, pestant contre tous et tout. Tous ces gens, avec leur lecteur DVD, leurs livres électroniques, et tous ces gosses qui ne tiennent pas en place et à qui leurs géniteurs s’adressent d’une voix rationnelle et très loin du murmure, tous gens heureux qu’on leur attribue une place numérotée, bref. Maintenant je ne paie plus, je roule en première et je suis de bonne humeur. Je ne sais pas pourquoi j’ai comme la sensation qu’on nous baise avec ces TGV aux tarifs aléatoires, et dont aucun ne ressemble à un autre entre les vieux, les neufs et une catégorie de nouveaux où j’ai bien remarqué que l’espace entre mon siège et celui du voisin s’était réduit même en première de façon sadique. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai fini par détester cette technologie de transport et je trouve insupportable qu’entre Paris et Marseille ou Paris et Nantes, nous n’ayons plus le droit de prendre des Corail interminables et à l’odeur de vieux, sans avoir les oreilles qui sifflent à cause de la dépression que cause l’accélération du TGV quand il atteint sa vitesse maximum. En plus je ne sais pas pourquoi mais je déteste que la SNCF pour certains trains nous traitent comme si on prenait l’avion : « Le TGV bidule arrive voie tant, les voyageurs sont priés de se présenter à l’embarquement », dit une voix sirupeuse de pute professionnelle dans la domination SM – mais on ne reconnaît pas ça parce que c’est trop décalé vu l’endroit, en fait on ne reconnait rien, on enregistre, on se fait fouetter sans rien dire et on obéit à maîtresse un point c’est tout. Je trouve cela d’une prétention en fait, quand j’y pense, un train qui se prend pour un avion, mais je vois bien où ils veulent en venir.

Parce que moi, maintenant en plus, ces train contrôlés à l’embarquement, je ne peux pas les prendre. Ou alors je ruse, je prends un billet pour Aix, et je reste à bord jusqu’à Paris. C’est moins cher que plein pot. Quinze euros. C’est pas OUIGO qui nous débarque à Marne-La-Vallée. Mais certains TGV sont devenus très malins. Ils ne s’arrêtent même plus à Aix – remarque, on se demande pourquoi systématiquement les TGV Paris-Marseille et vice-versa s’arrêtaient systématiquement à Aix, alors qu’il n’y a rien à Aix, seulement quelques riches qui montent et descendent des premières classes. Donc avec le contrôle à l’entrée si on n’a pas un billet direct Paris on est cuit. Enfin il reste pas mal de TGV qui s’arrêtent à Avignon, et ça se comprend plus, il y a foule à Avignon. Avignon est une moyenne grande ville. Il y a donc foule pour monter et descendre des TGV sauf que là c’est l’inverse, les TGV s’y arrêtent seulement de temps en temps.

Remarque, c’est peut-être la foule parce que Avignon est considérée comme une ville de banlieue merdique, qu’on traite comme on traite la banlieue en matière de RER et qui n’ont pas assez de trains pour partir, alors les clients sont plus concentrés. Mais Aix, ce sont les riches. Les riches ont droit ou disons c’est là que je voulais en venir à tous les TGV qui font tous – ou faisaient tous – une petite pause récréative chez les riches aixois et pour eux. C’était bien pratique pour moi, pour mon histoire de voyager gratis ou quasi. j’embarquais pour Aix à 15€, je passais l’embarquement et j’arrivais à Paris.

 Combien de fois dans le temps j’ai payé mon billet et enragé parce que durant les trois heures de voyage Paris-Marseille ou Paris-La Baule – ma mère habite à La Baule et j’avais l’habitude de lui rendre visite, la voyant décrépir et s’enfoncer dans un alcoolisme scient, de voyage en voyage – bref pendant ces heures pas un contrôleur n’était pas passé et je me disais que j’aurais pu voyager gratis. Je ne sais pas pourquoi, l’idée de voyager gratis en France c’est peu à peu installée en moins. Je ne paie pas mes métros, je ne paie pas les bus et quand je dois prendre la navette entre l’aéroport de Marseille et la Gare Saint-Charles, j’enrage, j’écume, impossible de griller, le chauffeur nous contrôle un par un. Huit euros pour un quart d’heure de route, c’est pas donné et c’est même un scandale. Pour qui nous prend-on ?

Enfin bref, petit à petit l’idée s’est imposée, frayée en moi jusqu’au moment où j’ai été dans une telle dèche il y a un an que c’en était pas possible, je n’avais plus les moyens du tout, si bien que je me suis lancée. Maintenant je  ne suis plus dans cette dèche mais on ne sait jamais, avec l’époque, mieux vaut économiser.

Au cas où un lecteur se dirait : « Bonne idée », je me dois de lui recommander de ne voyager qu’avec un papier d’identité qui comporte une très vieille adresse, depuis laquelle il s’est bien gardé de faire suivre son courrier. Il faut d’ailleurs être débile pour faire suivre son courrier. Nos amis savent nous trouver et tout simplement, on le leur dit. On ne reçoit que des factures et des conneries administratives, je présume, parce que je n’en sais rien, étant donné que je n’ai jamais fait suivre mon courrier. Le plaisir de disparaître, de n’être plus à l’adresse indiquée, me fait penser à un enfant qui joue à cache-cache et qui se trouve une bonne planque pendant que ses copains fouinent partout. Celui-là il se marre bien, allez savoir pourquoi. Pas vu pas pris, c’est la morale des chapardeurs, des voleurs à l’étalage, des voleurs de supermarché et des enfants. Certes, il est facile de ricaner et de me renvoyer que je suis restée à un stade infantile, incapable de devenir une bonne et solide adulte bien obéissante. C’est cependant une expérience fascinante garantie que d’oser ce geste de prendre, de se servir, allons-y gaiment, de se dire qu’on a économisé cinquante trois euros vingt grâce ausupermarché bien sympathique en fait où l’on a fait ses courses à l’oeil.

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Oui allons-y gaiement mais là-encore au cas où un lecteur serait tenté, je lui conseille d’aller vite. Il y a des caméras de surveillance partout et les vigiles sont reliés au poste d’observation centralisant toutes les vidéos par oreillettes. Un mouchard zyeute en permanence cinq, huit, quinze écrans et bien sûr dans bien des supermarchés, bien plus. Il faut aller vite parce que le mouchard a peu de chance de vous remarquer dans ce geste si simple de prendre et de mettre dans un sac discret, noir par exemple qui se confond avec votre manteau. Je ne vous ferez pas l’offense de vous rappelez combien vous êtes baisés comme le pauvre esclave qui fabrique le produit à l’autre bout, au cas où vous auriez un zeste de culpabilité sociale. Mais si vous restez deux plombes à hésiter, je le fais je le fais pas, si vous commencer à suer, il va bien finir par remarquer que quelqu’un n’est pas clair là sur l’écran numéro tant et à ce moment-là, comme connecté avec ce mouchard, comme attiré tel le lapin par les phares de voiture, vous attrapez une crème, un shampoing, un truc à bouffer, et le fourrez dans votre sac. Pile, le mouchard met la machine en marche, vous suit de caméra en caméra – ce qui est bien utile pour les autres voleurs puisqu’alors le mouchard se concentre sur sa proie et n’a pas l’attention nécessaire pour les autres – et vous vous faites interpeller juste pile au moment où vous vous disiez : « C’est trop beau. », c’est-à-dire au moment où vous atteigniez tranquillement les portes automatiques de l’entrée – Monsieur (madame) pouvez-vous venir par ici ? Montrez-mois votre ticket de caisse. Ouvrez votre sac. Vous voilà refait.

Encore que cela ne porte pas à conséquence en France du moins et pas encore,à sauf que vous devez payer pour de bon ce que vous avez chouré et que vous allez perdre votre temps à avoir l’air d’un con / d’une conne devant ces vigiles qui gagnent grand maximum je suis gentille 1200 euros nets par mois et qui voient que vous êtes quelqu’un de bien, de même peut-être plus friqué que lui, en tout cas intellectuellement, quelqu’un qui réfléchit – puisque vous me lisez, puisque vous êtes arrivés jusqu’ici dans la lecture, cela le prouve, vous ne lisez pas de polars ou pas que des polars ou de romans fantastiques, ni romans américains à la couverture vulgaire, ni de magazine people sinon dans les gares pour vérifier que c’est toujours aussi con et moche. MEn fait, la seule manière de s’en sortir dignement c’est de suggérer que c’est une maladie chez vous, que vous êtes kleptomane et que malgré dix ans de psychanalyse où quand même les choses se sont arrangées, ce qui vous a évité de finir en tôle, parfois ça vous reprend, c’est comme une tentation. Mais là, ajoutez ci-devant le vigile, que vous ne recommencerez plus, là c’est la dernière fois, vous vous sentez tellement gêné et honteux / gênée et honteuse. Le mouchard a repris sa tâche, pas une minute à perdre et c’est le vigile qui prend votre papier d’identité et vous inscrit sur une liste noire. La deuxième fois que vous vous ferez prendre, ce sera les flics. Autrement dit, vous pouvez faire une croix sur ce supermarché. M’enfin, il n’y a pas que les supermarchés genre Carrefour ou Monoprix. Il y a les Naturalia, gavés de caméra mais qui n’ont ni vigile ni mouchard, pas assez de moyens pour payer quelqu’un à moucharder, c’est juste pour faire peur. Il y a les pharmacies aussi, où les employés n’ont pas le goût de regarder les écrans de contrôle et pas le temps. Les fringues, je n’ai jamais fait. C’est trop compliqué avec les bips, les sommes en jeu sont trop importantes, c’est trop flippant (enfin pour moi).

Enfin voilà on peut le faire. Un bon moyen pour saboter le système de manière anarchique, solitaire et narcissique. C’est aussi un vrai grand plaisir d’étaler une fois chez soi sur la table de cuisine, ses prises, de contempler cet amas dégagé du circuit de consommation et de fric, retiré, soustrait : en fait c’est vous même qui vous vous êtes soustrait et là ça fait carrément du bien. Pas vu pas pris. Néanmoins, j’avoue que ce plaisir je ne l’ai qu’en France ou dans les aéroports internationaux des capitales riches de l’Europe (Vienne, Paris, Rome, Munich) qui ont quelque chose d’apatride et d’affreusement prétentieux, qui font comme si le fait de voyager en avion était réservé à des individus capables de se payer des parfums, des whiskies trente ans âge et des vins à 30 euros la bouteille, des individus qui ne piquent même pas puisque les cartouches de cigarettes ou les produits de maquillage ne sont même pas munis d’étiquettes magnétiques, pire à Paris le Duty Free n’a pas de portique. Servez-vous.

Ce plaisir cependant s’arrête aux zones internationales. Ce plaisir, une fois à l’étranger, disparaît. En Grèce où je suis résidente, cela ne me traverse même pas l’esprit. Juste le métro parce que ça me gonfle d’acheter des tickets. En Grèce, je n’ai la moindre envie de chourrer. En Grèce, je n’ai plus envie de me soustraire au système, peut-être parce qu’étrangère, je suis déjà soustraite et non susceptible d’être étiquetée par le pouvoir. De ce point de vue vivre à l’étranger est un bon moyen de se soustraire à toute autorité publique. Et donc chourrer serait au contraire me remettre la nuque sous le joug en violant une loi émise par un pouvoir qui n’a pas de droit sur moi et qui alors en aurait. En Grèce ou à l’étranger en général (mais pas à Londres où au contraire je me sens écrasée par le pouvoir), il m’est possible de me sentir libre du joug de la puissance publique – je suis non contrôlable. C’est alors un plaisir d’y être bien élevée, discrète, enfin seule, enfin dégagée de la mâchoire de fer de l’Etat français et de ses mouchards, de ses flics qui du jour au lendemain se transforment en gestapo, en tabasseurs de jeunes, en assassins, en police politique, et qui se baladent partout en ville. Au moins en Grèce, sauf autour de la place Syntagma et dans cette zone qui entoure la Bouli (prononcez « vouli ») qui est le parlement grec, il n’y a pas de patrouille. De même les flics ne font pas chier les gens pour les casques quand ils font de la moto ou du scooter, quand ils ne mettent pas la ceinture ou quand ils ont une caisse pourave. Ils ne se postent pas en embuscade, il y a pas de radar, bref on circule le nez au vent, tranquillement. Pourtant la Grèce n’est pas un pays démocratique, mais les grecs restent les grecs, ils ne se contrôlent pas sous le nez pour des riens. De même, la législation européenne sur le tabac, ils sont tous d’accord pour ne pas l’appliquer. Tout le monde fume partout en boîte, au resto dans les bars sauf dans les métros même à l’air libre. Je ne sais pas pourquoi la SAP contrôlent les fumeurs sur les quais à l’air libre. Peut-être une manière minimum d’appliquer la législation européenne qui n’a qu’un but, vous faire courber la nuque, qu’à chaque chose que vous avez envie de faire vous vous demandiez si c’est autorisé, si c’est bon pour votre santé ou si vous allez accélérer le temps qu’il vous reste à vivre dans ce bordel de monde.

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Je n’ai pas perdu mon point de départ, cette envie de griller les trains. C’est évidemment pour des raisons économiques. Cela me prend vraiment le choux de verser cent, cent-vingt, cent-cinquante, ou même soixante-dix enros pour un Marseille-Paris. C’est hors de prix. C’est un quinzième d’un salaire de 1500 euros où une fois que vous avez enlevé le loyer, la bouffe, l’électricité, le chauffage, l’eau, les impôts et une sortie, vous êtes à sec. On nous dit qu’il y a maintenant pour les pauvres OUIGO. Sauf qu’on ne dit pas que l’embarquement pour OUIGO qui est calqué sur celui des avions, est autorisé avec un seul bagage à main, comme celui pour cabine dans les avions. Pour l’autre, vous payez une taxe et vous l’avez dans l’os. Vous pensiez que c’était miraculeux de voyager pour quinze euros en ayant compris qu’il fallait réserver un mois avant, vous aviez plaisir à le faire mais en fait vous n’êtes autorisé qu’à voyager en manant qui se balade avec son jean et sa brosse à dent et quelques menus objets personnels dans un sac à dos. A nouveau la mâchoire de fer sur votre nuque, vous n’avez pas le choix et le pire, c’est que vous allez arriver à Marne-la-Vallée qui est à une heure en RER de Paris, donc votre voyage n’aura pas prix trois heures mais quatre heures voire quatre heure trente. Vous reste à griller le ticket du RER qui coûte bonbon et qui rajouté à votre billet plus bagage vous amène autour de cinquante euros de dépense. Vraiment c’est plus simple de prendre le gauche et ne pas payer un Marseille-Paris direct. Enfin non pas un direct.

Parce que s’il est direct, depuis Marseille, il ne s’arrête pas à Aix et nous ne pouvez pas prendre un billet à quinze euros pour franchir le poste de contrôle. Il n’y a pas de poste de contrôle partout, mais à Marseille, réputée ville de voleurs, il y en a pour les TGV vers Paris et parfois d’autres. Le contrôle consiste à scanner votre billet grâce au datasquare qui y est imprimé. Si ce n’est pas le bon billet, le petit outil électronique de scannering sonne. Si vous n’avez pas de billet, n’insistez pas, il n’y a pas de solutions alternatives qu’à une retraite. Vous lorgnez bien sûr les voies, vous rêver de contourner par la voie de l’autre quai, en douce avec votre valise à roulette (super pratique!) le barrage de garde-chiourmes et de risquer ainsi de vous faire couper les jambes. J’ai connu un gars comme ça doublement amputé depuis qu’il était tombé d’un TGV à l’arrêt dont la porte s’était ouverte du mauvais côté au moment où démarrait un autre TGV. Donc, même si vous soustraire par là vous semble attirant, avec la sensation grisante de prendre le maquis de cette société bornée, évitez. Choisissez l’option de prendre un autre TGV qui s’arrête à Aix, de monter avec un billet pour Aix (quinze euros, je répète). (Oui quinze euros c’est cher pour un quart d’heure de trajet, si c’est pas du vol ça). Mais alors vous découvrez comme moi ce matin prise de court devant le poste de garde d’un direct, alors que j’ignorais qu’il y avait des directs, qu’il n’y en a plus qui passent par Aix jusqu’à dix heures (il est 8H30). Vous demandez alors des indicateurs au hall d’information à une employée ou à un employé. Bonjour, auriez vous l’indicateur Marseille-Paris. Là vous constater que les guichetières ne comprennent pas. Indicateur, c’est quoi ça ? Vous constater que le personnel de la société nationale du train français a zappé « indicateur », pour « fiches horaires » qui avec l’élision donne « horaires ». Bref vous finissez par vous faire comprendre et par être en mesure d’étudier ces indicateurs et là découvrez qu’un train bientôt dans une demie-heure passe par Avignon. Ou bien vous songez à aller gratis à Aix en TER et de là de chopper celui de 10H14 pour Paris mais le TER n’arrive pas à la gare TGV, c’est encore tout un bins. Il vous faut étudier en tous les cas les indicateurs pour connaître exactement les stations de chaque train, Aix ou Avignon et montez avec un billet en règle pour l’une de ces deux destinations – quinze ou vingt-cinq euros donc. C’est ce que j’ai fait via Avignon aujourd’hui et maintenant j’écris depuis le TGV, installée royalement en première classe, dans un wagon idéalement vide. Il n’y a rien de plus cauchemardesque que de voyager dans un TGV plein en seconde classe avec l’obligation de coudoyer un voisin dont vous n’avez rien à foutre, dont vous êtes quand même un peu curieux mais bon il n’y a rien à attendre de ce voisinage digne de la loterie. Dans les Corail c’était différent. On ne mettait où on voulait et on pouvait se balader dans le couloir quand on s’installait dans la partie à compartiment qui est quand même plus humaine que ces rangées de sièges ergonomiques qui vous bouffent le dos et les jambes. Dans les Corail, cela avait du charme de se draguer. Mais en TGV, c’est glaçant. Autant dire qu’on s’est rencontré un jour sur un site internet, ou dans un hypercentre commercial. Le décor, ça fait beaucoup dans l’histoire d’amour. C’est que tellement de gens abrutis par trois décennies de télé privatisée ont fini par oublier en allant surfer sur les sites dits de « rencontres » et qui n’offrent que le fantasme de la rencontre, ou la nostalgie de la rencontre et qui ne fait que rendre les gens plus honteux (ils ne savent même plus se démerder dans les bars, les boîtes, les cafés, au boulot, chez leurs amis et remarque ils n’ont peut-être plus vraiment d’amis et cela même dans les couches intellectuelles, mieux formées et soit-disant plus au fait des techniques d’asservissement de l’humain – mais quand il s’agit de cul on jouit d’être dominé, c’est la folie, on ne rêve que de ça même, de se faire couper en morceaux, torturer, violer). Ces rencontres dans des décors en plastique, enfin c’est plus bétonné que plastique, mais des décors disons industriels conçus pour faciliter les flux, éviter les attaques terroristes, rendre possible le shopping ou une petite restauration de rien entre deux trains, et aussi conçus par des architectes aventureux pour rendre à l’humain sa dignité (plus c’est grand, plus c’est métal, verre et béton, plus c’est chic donc si c’est chic, vous êtes chics), sont en fait exactement les mêmes que sur un site internet : c’est le résultat des combinaisons aléatoires des humains qui se promènent dans ces lieux selon des trajectoires prédéterminées et qui finissent bien une fois sur mille, chacun dans sa bulle, par se rentrer dedans et par s’imaginer que c’est le destin. Bref ces décors comme les plateformes de site internet de rencontre achèvent de nous laminer, en plus de nous rendre ridicules à prendre des vessies pour des lanternes. Draguer en TGV pour moi c’est comme écrire un message sur Meetic ou sur Zook plutôt à Jeanquichante, 49 ans, Cergy, Jeanquichante aime les chattes et aimerait bien vous rencontrer pour vous faire planer. Merci, je m’en fous. Je ne sais pas ce qui m’a pris une fois de dire oui à la proposition émanant de facebook de faire partie de ce réseau qui porte un nom dépourvu de sens, et qui semble un hybride de zyeuter et de to look, je ne peux même plus enlever ma photo car j’ai perdu les codes, je fous tout à la corbeille. J’imagine que ça doit exister quand même des gens qui se sentent coupables de s’en foutre des autres et de mettre à la corbeille les propositions de Zook sans même les consulter, sans la moindre pointe de curiosité. Des gens qui ont transcendé l’éducation civique, des gens qui à force de se faire rebattre les oreilles par l’ordre social qui nous intime d’obéir, de bosser, de tout payer, de raquer sans cesse, des gens qui se demandent pourquoi eux ce ce serait très mal de s’en foutre des autres et de s’en foutre de ne rien payer alors que là-haut, dans les sphères floutées du pouvoir et de l’argent, c’est tout le contraire. Là-haut ils se soustraient à la puissance publique comme moi qui voyage là à l’oeil. Il n’y a guère que les paparazzis qui les surveillent. Les riches eux ne sont pas vraiment surveillés par l’Etat mais choyés, admirés, respectés, et même parfois bénéficient d’une gratification de la part de la puissance publique, par exemple tel PDG d’une société dévastatrice pour l’environnement, exploitant sans vergogne les travailleurs des pays pauvres, et s’enrichissant par milliards chaque année sans payer un seul impôt en France, une fois mort dans un accident de son jet privé qui ressemble d’ailleurs fort à un assassinat par services secrets, se voit sacré et célébré par le chef de la république – pardon par le président. Car c’est affreux quand un riche ou un puissant est tué. C’est tellement affreux donc que la police les aide, leur fournit parfois une garde rapprochée, en dépit du fait que ce soit des escrocs fiscaux patentés. Pour les riches politiciens ça va de soi, cette protection est un droit. Dès que vous êtes député, allez hop chauffeur et protection. Vous pouvez faire n’importe quoi, pas vu pas pris. Et on découvre aujourd’hui en 2014 ce qui doit exister depuis la nuit des temps, que la plupart des importants de ce pays qui nous font la leçon, qui nous expliquent que se serrer la ceinture c’est moral, c’est pour le bien des autres, qu’en fait c’est très mal de s’en foutre du bien des autres, eh bien, qu’eux ils se marrent bien car ils n’en ont en vérité rien à foutre de nous, de vous, des autres. Mais si vous allez dire « tous pourris, tous vendus à l’Union Européenne et à sa commission corrompue à l’os par des tonnes de lobbies, sans compter qu’elle est dirigée désormais par un certain Junker qui a été longtemps le chef du Luxembourg donc le protecteur de tous les exilés fiscaux, accordant le droit d’asile bancaire aux hommes politiques verreux, à la mafia, à tout et n’importe qui du moment que ça se compte en millions d’euros, – services juridiques pour contourner toutes les législations fiscales compris, donc bref si vous dites « tous pourris », ils vous regardent de haut en se bouchant le nez et ils vous disent que vous tournez vinaigre, que c’est l’argument massue du Front National depuis ses débuts flamboyant sous Mittérand. Remarque, Junker lui ne s’abaissera même pas à se pencher pour vous entendre, tellement il en a rien mais rien foutre de votre gueule. Vous êtes un moucheron qu’on écrase du pied quand il arrive trop près. Suffit de voir sa tête, ou plutôt ce qui lui en tient lieu sous la forme d’un masque stalinien, d’une impavidité qui vous fait douter s’il n’est pas un hybride sorti d’un laboratoire concevant des recherches sur l’homme bionique et cloné du futur, tellement ce regard aux yeux tombant, méprisant tout, cette bouche qui calcule exactement ce qu’il lui faut dire sont à faire peur. Remarque, en France Hollande et Valls ont aussi cette tête sauf qu’ils n’atteignent pas le degré d’excellence dans le regard tombant, dans le mépris. Mais eux  répondent encore aux attaques même si dans une langue de bois et avec un cynisme qui ferait pâlir de jalousie dans leur tombe les anciens du comité central de Moscou dans les grandes années de sa splendeur, soit dans les 50’s.

Pour revenir à mon histoire de TGV à poivre et sel, j’ai commencé à dire que de plus en plus de trains depuis Marseille partaient gardés, et aussi depuis Paris pour certaines destinations dont chaque fois celle de Marseille. Je me dis qu’un jour on nous demandera nos papiers, qu’un jour on passera un portique anti-terroriste, qu’un jour vous ne pourrez plus courir pour attraper un train mais qu’il vous faudra de tout façon poireauter pour franchir toutes ses étapes et arriver mettons minimum trois quart d’heures avant votre départ, sur le modèle des aéroports. D’ailleurs, déjà, ils nous habituent à cette idée loufoque, car cinq minutes avant, vous êtes morts, les portes d’embarquement s’il y en a, se ferment. Puis qu’un autre jour, des flics seront là pour contrôler qu’aucun opposant politique ne passe là, et au cas où, pour le neutraliser et l’envoyer en prison sous un quelconque motif, par exemple celui du terrorisme.

Aujourd’hui déjà quand les flics soupçonnent un individu même seul, même non organisé, de « terrorisme », c’est la terreur qui s’applique, c’est un droit spécial, il n’y a pas possibilités de se défendre, on va en prison directement avant même d’avoir pu objecter la moindre procédure afin de même prouver que l’acte qui vous est imputé ne rentre pas dans la législation anti-terrorisme. Vous me suivez ? Un voleur soupçonné d’une attaque terroriste dans un supermarché tombe directement sous ce droit spécial et après, c’est la croix et la bannière pour s’en sortir. Enfin aujourd’hui il est encore possible de s’en sortir même si on va le payer de deux ans de tôle ou de contrôle judiciaire, mais dans dix, dans quinze ans ? Et là la puissance publique, si elle vous soustrait de la vie, resserre à fond sa mâchoire de fer sur votre nuque. Je me demande si un jour tout le monde n’aura pas tellement cette sensation de mâchoire qui se resserre sur sa nuque, à se demander tout le temps si ce qu’il fait est bien, moral légal, autorisé par les règlements, que tout à coup les gens se réveilleront avec la sensation d’être en tôle.

Il est clair que quand le contrôleur passe et que j’abuse de mes talents d’actrice comme de romancière pour passer pour quelqu’une de très bien qui a jeté le bon billet et garder le mauvais, par exemple, ou je ne sais pas que je suis à demi paumée et que je l’ai perdu dans tout mon fatras tandis que je déballe sous ses yeux ennuyés mon sac entier à la recherche de ce maudit billet que j’étais sûre d’avoir mis là, pour finir par dire que je me suis fait en plus voler ma carte bleue, je ne peux pas le régler, bref il est clair que je jouis comme une gamine.

Je regarde ma montre, le TGV approche de Paris et je n’ai pas eu de contrôle. Cette fois, miracle. J’ai écris ce texte de Avignon à Paris, sur ce voyage gratis. La première était très bien, avec de l’espace pour les jambes, et quasiment pas de gens dans le wagon.

A bon entendeur salut.

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