meeting d'Omonia terminant la campagne électorale.

meeting d’Omonia terminant la campagne électorale.

En moins d’une semaine, le gouvernement formé par Alexis Tsipras aura rétabli le droit du sol dans l’attribution de la nationalité, stoppé toutes les privatisations dont celle de la société d’électricité DEI et des sociétés d’eau, arrêté net la vente des port de Thessalonique et du Pirée (les Chinois en seront pour leurs frais), ainsi que d’aéroports régionaux ainsi que lancé des audits pour juger de celles effectuées par le gouvernement Samaras sur ordre de la Troïka ; il aura ôté les barrières qui interdisaient d’approcher du Parlement place Syntagma, désarmé les policiers et décidé que les CRS (la MAT) ne seraient plus de mise pour encadrer ; il aura réintégré les femmes de ménage du Ministère des finances qui étaient dans une lutte très dure depuis plus d’un an ; il aura supprimé les prières à l’école et Tsipras aura prêté serment civilement sans la présence et la bénédiction des patriarches (tout en leur rendant visite tant c’est à l’opposé de l’esprit grec de « chasser » les popes) ; les étudiants qui travaillent et qui ont échoué à leurs examens se sont vus offrir une seconde session ; il aura annoncé des mesures relatives au tourisme all inclusive dévastateur ; le salaire minimum sera remis à son niveau initial autour de 700 euros ; l’électricité coupée chez les ménages ruinés, rétablie… J’en oublie. La liste est longue et va continuer à s’allonger. Cela me rappelle vaguement le 10 mai 1981 à la différence qu’alors, dès le départ en France, il y a eu des levers de bouclier. Ici, c’est l’inverse, le premier sondage du 31 janvier, donne 70 % de grecs satisfaits et confiants. Un état de grâce à tout le moins, si ce n’est plus.

Alexis Tsipras

Alexis Tsipras

Mais tout cela n’est rien à côté du volet diplomatique, international : en autant de jours, six en tout, le gouvernement Tsipras ou plus précisément Alexis Tspiras quarante ans et toutes ses dents et Iannis Varafoukis le ministre des Finances cinquante-trois ans et professeur d’économie parfaitement anglophone ainsi que Nikos Kotzias, aux affaires étrangères, un universitaire spécialiste des relatons internationales, auront bouleversé la donne européenne. Tout est parti d’énièmes sanctions que l’Union Européenne prenaient contre la Russie au sujet de l’Ukraine, la Russie soutenant cette partie de l’Ukraine orthodoxe qui ne reconnaît pas le gouvernement néo-nazi promu par les States et l’UE : Tsipras s’est empressé d’intervenir et de rappeler qu’en politique étrangère, la règle était l’unanimité des Etats membres et qu’en l’occurrence la Grèce désormais ne donnait pas son quitus. Passée la stupeur, il a bien fallu se rendre à l’évidence, Alexis Tsipras perturberait notablement le train-train du système UE-OTAN-USA, système qui vise à détruire les démocraties pour imposer plutôt la jungle libérale et la destruction des cultures. De plus, ce faisant, il rendait éclatant que derrière ce masque de l’UE se perpétue le petit jeu des partages de territoires entre grandes puissances ou empires, petit jeu qui vient du fond de l’Histoire. La Grèce qui depuis son indépendance de 1822 a été littéralement vampirisée par le Royaume Uni, la France et l’Allemagne, moindrement par la Russie, a simplement dans ce jeu de dupes qu’est l’affaire de sa dette publique, tout simplement réactivé une vieille alliance contre les trois autres. « Contre » est un peu fort. De même aucune alliance réelle n’a été consentie. Il n’en pas fallu plus pour quelques journalistes de mauvaise foi, plus empressés de prédire l’apocalypse que d’éclairer nos lanternes sur l’histoire de la diplomatie internationale en Grèce, pour rappeler qu’Alexis Tsipras fut un communiste (il fut en effet aux jeunesses du KKE mais justement il en partit), et d’autres imbécillités de cet acabit qui vu d’ici sont tout simplement comique, Tsipras étant surtout connu ici comme fils du 16e athénien (Kolonaki), ou quand on connaît l’histoire des communistes grecs avec Moscou qui en sont temps en supprima plus d’un pour ne faire survivre que la branche la plus crypto-stalinienne qui existe au monde. Une sorte d’antiquité kitsch avec son drapeau rouge et son marteau-faucille doré, d’autant que ce parti communiste qui existe donc toujours et qui a gardé une audience relativement forte bien qu’en chute, n’a pas de mots assez durs contre SYRIZA depuis le début. D’autant surtout qu’il était hors de question qu’il participe au gouvernement. Une excellente chose car la petite ruse de sioux qui consiste à dire que Tsipras est un communiste et que son gouvernement pue « l’extrême-gauche » va faire long feu, étant donné que cela va devenir difficile d’expliquer comme les gens de l’ANEL, des politiques de droite qui ont fait scission avec  la Nouvelle-Démocratie au moment du premier mémorandum peuvent frayer avec des gauchistes anarcho-communistes ! Tout en soutenant d’ailleurs que ce petit parti traditionaliste s’avère raciste, homophobe, xénophobe et d’extrême-droite pendant qu’on y est. Pourtant quand la Troïka a soutenu le gouvernement Samaras, personne n’a rien trouvé contre l’attribution d’un ministère de la santé à un député d’extrême-droite (du LAOS) ni demandé d’explication sur les liens entre la Nouvelle-Démocratie et L’Aube Dorée, liens découverts par des journalistes, avérés et consistant à des combines pour abattre SYRIZA. Si le lecteur au point où ce texte en est est perdu, c’est que je viens de lui refaire traverser le chemin où les médias français allemands et anglais lui ont fait suivre pour jeter la confusion et une fois encore masquer que rien n’a changé depuis des siècles, l’Europe est toujours un gâteau que de grandes puissances plus ou moins impérialistes cherchent à se partager, la déchirant. Souvenons-nous de la guerre de Yougoslavie. Ici, je renvoie à l’excellente somme de Olivier Delorme, La Grèce et les Balkans, préconisant de commencer de suite par le tome II, histoire de se tenir vite au fait des enjeux réels.

Mais voilà, quelque chose change et Tsipras au nom du peuple grec (qui existe encore) rappelle que la modernité est arrivée, que chaque nation compte autant qu’une autre, que la notion de souveraineté est tout à fait d’actualité, et qu’elle est en Grèce  démocratique, légitimée par la règle démocratique des élections et des institutions. Ici, une incise pour rappeler pourquoi ces élections anticipées ont eu lieu : c’est bien parce que la Grèce s’est dotée d’un régime constitutionnel de type parlementaire, qu’elles ont eu lieu. Dans ce type de régime, le président de la république n’a que le pouvoir de signer les lois et de nommer le gouvernement, mais il ne peut le faire sans la majorité électorale dégagée par les élections législatives. Bien. Mais ce président n’est pas éternel, il faut l’élire et c’est l’assemblée qui le fait. Et le régime grec impose que ce président qui ne peut pas être partisan mais doit représenter le pays, doit être élu par une majorité qualifiée soit trente voix de députés supplémentaires au cent-cinquante et un de la majorité ordinaire (il y a trois cent députés). Samaras n’a pas trouvé les cent-quatre-vingt voix nécessaires pour faire élire son candidat qui était de plus lié à la Troïka. Il réussit à en débaucher 161 – à en corrompre une vingtaine, l’un ayant été approché, un acteur connu par ailleurs, ayant sur se jouer de son corrupteur par une vidéo. Donc élections anticipées.

Mais ceci n’est rien encore à côté du combat de Tsipras contre la Troïka. J’ai un peu de mal à dire « Tsipras » (et je ne mets pas son prénom pour cela) car ici il incarne son équipe entière ou encore un principe de travail collectif qui fait qu’il est évident avec le programme de Thessalonique ou la composition de son gouvernement, qu’il n’est pas un homme seul. Et ce combat contre la Troïka ou disons ce qui se trame derrière, il ne peut être mené que nourri par les années de lutte, de recherche, de discussions, de connaissance de la démolition de leur société grecque, par une rage et une foi de fer, par une lucidité aussi qui permet de ne pas se laisser impressionner par les pontes, oligarques et autre sommités plus ou moins élues qui nagent dans les eaux troubles de l’UE, du FMI et de la Banque centrale, et qui derrière leurs airs guindés, recèlent bien souvent des escrocs en costard – voir le Juncker nommé président de la commission européenne qui n’est autre que l’ancien chef du gouvernement du Duché du Luxembourg, soit un petit duc, et qui n’a rien moins qu’organisé l’évasion fiscale (ou la criminalité fiscale) de trois cents grandes entreprises européennes. Pour l’équipe Tsipras, c’était une joie dès le dimanche de s’y mettre pour aller en découdre avec ces fantoches. Du jour au lendemain, projetés dans les sphères de la diplomatie internationale, ayant à faire face à des apparatchiks rompus aux arcades du pouvoir, ils sont restés eux-mêmes, souriants, mais fermes, offensifs, s’imposant. Du jour au lendemain, ils se sont retrouvés dans la fosse aux lions, et loin de se figer, ils ont remonté les bretelles de leurs ennemi, déclarant tout net qu’il était hors de question de négocier avec des bureaucrates de la Troïka, proposant une conférence européenne sur les dettes publiques, se rendant aux quatre coins de l’Europe pour lancer des négociations générales. Mais pourquoi diable ne portent-ils pas de cravate ? se sont demandés bien des commentateurs perspicaces. Tsipras a répondu en boutade qu’il en mettra une le jour où la dette grecque sera réglée. A mon avis, c’est vrai mais c’est autre chose, qui concerne leur rapport au pouvoir, leur analyse du pouvoir. Prendre le pouvoir c’est bien souvent être pris par le pouvoir : et les forces de gauche depuis des décennies de pleurnicher chaque fois que leurs élus portés au pouvoir par des années de lutte virent en serviles petits rapporteurs du capital…. D’ailleurs, j’entends cela partout : que Syriza ne trahisse pas ! pitié ! Il me semble que leur réflexion sur la gauche, sur le combat politique, pour ces lecteurs de Butler ou de Foucault, n »est pas sans rapport avec le fait que ces individus désormais au pouvoir gardent les visages étonnamment sensibles, les corps étrangement vivants. Leur présence étrangement humaine éclate sur les écrans télévisuels et font par comparaison apparaître la momification de leurs interlocuteurs de l’UE, de la Troïka ou des autres Etats.

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Prêtant serment virilement devant le président de la république.

Iannis Varoufakis, retenez ce nom.

Iannis Varoufakis, retenez ce nom.

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Au coeur de l’appareil d’Etat un grand moment de solitude : comment rester soi et ne pas se faire ensorceler par l’apparat du pouvoir…

Ils l’ont pensé, cette chose, je pense. Ils ont même pensé cela : comment rester vivants dans la broyeuse qu’est tout Etat, tout appareil d’Etat, et il s’agit moins d’avoir l’air cool, de faire de la com, que de rester dans ses baskets, sur terre, dans leur intime, dans leur « jus » afin d’éviter la contamination. Donc voiture personnelle, sac à dos et pas de cravate – la cravate à l’origine est aussi accessoire de l’uniforme protestant, du petit soldat businessman, puritain et cynique. Rester donc dans leur rage, garder le contact avec le point de départ, avec cette colère contre la monstrueuse tentative d’assassinat du peuple grec. Et en arrière-plan rester près de cette humeur insurrectionnelle que la conscience d’avoir servi à une expérience de laboratoire destinée à tester si le régime autoritaire de l’UE peut sous de fallacieux prétextes de dette confisquer définitivement la démocratie aux nations embrigadées dans des traités qui n’ont pas été ratifiés pour la plupart par des élections (et pour cause puisque rejetés par référendum). Les régimes austéritaires n’étant qu’un premier pas pour faire régner un ordre dont la militarisation des rues et de certains lieux chauds en France suite aux attentats opportuns des 7 et 9 janvier donne aux amis français un avant-goût bien amer ; cela va devenir difficile de sortir dans la rue pour protester contre le probable futur mémorandum imposé à la France sans se faire canarder et traiter d’affreux égoïstes qui pensent à leur petite vie alors que notre beau pays est en guerre contre une barbarie apocalyptique qui fermente là-bas dans des pays qui n’en sont déjà presque plus (Lybie, Syrie, Pakistan…). Comme ne cesse de le rappeler Iannis Varafoukis, ma star, cette dette grecque est un écran de fumée : la preuve qu’elle n’est pas le sujet puisqu’elle n’a cessé d’enfler et que la Troïka n’a cessé d’endetter la Grèce pour lui permettre de rembourser…. les intérêts de sa dette. Une affaire qui roule quand on sait la collusion entre les banques prêteuses (françaises et allemandes) et la Troïka. Autrement dit, je le redis autrement : en endettant de force (au lieu de restructurer la dette), la Troïka a organisé le rapt de la Grèce toute entière (et voici les entreprises allemandes, françaises ou chinoises, pourquoi pas, de dépouiller ce pays qui avait étonnamment garder son sens du service public, sans doute situé trop loin de l’ex-royaume de Thatcher… ): mais plus grave, les tribunaux pour juger des contentieux des obligations grecques ne sont plus en Grèce depuis certaine signature du Samaras mais au….. Luxembourg et à Londres ! Il est possible que ces vampires du néo-libéralisme ait rêvé un instant d’échanger leurs créances pourries et scélérates contre un petit coin de Grèce (ils en étaient déjà à faire vendre des îles comme de vulgaires bout de terrain).

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Panagiotis le Tiresias de l’2quipe Syriza.

Cela n’aura plus lieu. Je n’ai pas présenté le gouvernement, sa composition mais renvoyé à ce lien http://www.bastamag.net/Syriza-Tsipras-Grece-Austerite qui le décrit parfaitement. Universitaires, militants, et d’origines politiques variées, l’équipe réunie par Tsipras est de choc. Du ministre de l’Intérieur Nikos Voutkis qui s’était illustré sur une photo où il se fait conspuer par la Mat et dont le fils est un anarchiste notoire, au Ministre de la santé Panagiotis Kouroumplis non voyant (son drame a été rappelé sur toutes les télés grecques : à dix ans il se baigna dans une rivière et fut blessé par une mine laissée par les nazis…), qui démissionna du Pasok au moment du premier mémorandum, à la présidence du Parlement donné à Zoé Κonstantopoulou, jeune femme énergique que les dingues machos de l’Aube Dorée conspuaient régulièrement, parfaite francophone, il ne manque pas de caractères bien trempés, qui savent d’où ils viennent et parlent. Un des choix également des plus rusés est d’avoir attribué le ministère des armées au représentant de l’ANEL, comme ça si les militaires ont des réflexes anciens de putschistes, ils devront d’abord désavouer un représentant de la famille, de la tradition et de la religion, de m’honneur de la patrie, fervent défenseur de la souveraineté grecque. Clin d’oeil à Erdogan : les Syriza ne seront pas des tendres.

Pour conclure, ce geste du lundi 26 janvier d’aller porter des fleurs immédiatement au mémorial des fusillés communistes par les nazis dans le quartier athénien de Kessariani ce geste de Alexis Tsipras est aussi un geste de reconnaissance pour toute une partie du pays qui a tant souffert jusqu’à la chute de la junte voire 1985, année où furent réhabilités juridiquement tous les anciens déportés dans les camps, sous les différents régimes autoritaires et anti-communistes primaires soutenus par Anglais et Américains, juste-là privés de leurs droits civiques comme délinquants. Aussi un message clair pour dire que la Grèce n’a pas oublié ce qui lui fut fait tant par les nazis que par les anglais à la libération qui rétablit les collabos au pouvoir. Un ami grec me soufflant que Samaras était fils d’une de ces familles-là. Et ce rétablissement se fit alors même que les grecs via l’ELAS leur armée de résistance s’étaient débarrassés des nazis seuls – les forces anglaises alliées arrivant après coup pour voler la victoire. C’est dans ce contexte qu’il faut apprécier le sursaut démocratique grec. Dans un contexte historique qui est tout à fait lié à l’Histoire qui continue. Dans quelques semaines, le parlement grec élira son président de la république : en principe il devrait se trouver une majorité de 180 députés, car comment reconvoquer à des élections surtout au risque de voir Syriza remporter une majorité absolue après ses premiers pas dans le grand cirque international du néo-libéralisme qui sont pour les Grecs le début d’une marche pour leur dignité. Et derrière elle, pour tout peuple un peu conscient de son histoire. Il faut voir comment les chaînes principales de télé se sont emparés goulûment des événements, Samaras et son gras compère Venizelos du Pasok ayant littéralement disparu des ondes, n’ayant plus rien à dire, n’offrant plus aucun intérêt.

Le 26 janvier honnorant la mémoire de martyrs communistes sous le nazisme le 26 janvier immédiatement après son investiture….

Le 26 janvier honnorant la mémoire de martyrs communistes sous le nazisme le 26 janvier immédiatement après son investiture….

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