‘Non, je ne suis jamais seul
Avec ma solitude

Par elle, j’ai autant appris
Que j’ai versé de larmes
Si parfois je la répudie
Jamais elle ne désarme
Et si je préfère l’amour
D’une autre courtisane
Elle sera à mon dernier jour
Ma dernière compagne »

Ma solitude, George Moustaki.

Depuis des mois, je réfléchissais à la situation grecque, à l’événement grec, et j’en étais venue à penser que ce qui était ciblé à travers l’UE et son doublon l’Eurozone, c’était « ce qui faisait peuple(s) en nous ». Cette notion j’essayais de la définir, et puis aussi cela avec une performance skype avec Marseille où on a monté la situation de mettre des Marseillais en fin de festival (Instants Donnés) en face d’un public grec qui les regardaient et entendaient, avec aussi une plateforme d’échange facebook. L’événement grec, comme je le nomme, commence le 25 janvier, connaît un acmé le 5 juillet, puis tout le monde connaît la suite. L’exécution publique de la voix de la démocratie, le 11 juillet. Désormais, Athènes est sous le régime non plus d’une Troïka mais d’un quartet. Personne ne s’intéresse plus ici à connaître la quatrième partie de ce système de tutelle du régime grec. On regarde ça de loin. Et contrairement à ce que bien des médias français laissent entendre, aucune solution n’a été trouvée. A nouveau, les médias grecs tentent d’organiser un suspense sur un accord qui devrait être prochainement trouvé, sans lequel deux nouveaux milliards de prêts ne sauront pas accordés. L’objet de « l’accord » est un marchandage particulièrement cruel sur les retraites, les saisies des maisons principales, la soumission de certaines voitures à une taxe dont avant elles étaient exemptées, la remise en cause de la loi des cents échéances qui après les élections de janvier avait permis à des citoyens de rembourser leur dette fiscale, etc. La veille du 13 novembre, on parlait de « fumée blanche » à Bruxelles…. C’est énorme cette métaphore. Bruxelles devient la Rome de l’empire. Et ça parlait d’accord incessamment sous peu pour dimanche matin. Mais hier, rien. Cela relève du comique de répétition depuis onze mois, et c’est bien normal si l’on commence à rire devant ce cirque de cuisiniers se battant pour trouve la meilleure recette pour nous empoisonner, ici. Le 13 novembre, la nuit, j’ai aperçu sur mon fil de facebook une photo de gens en sang, mais je n’ai pas bien compris, c’était un oeil que je jetais. J’ai cru à une rixe mafieuse. Nous écoutions avec mon ami des chansons de Mélina Merkouri, nous nous préparions à sortir. Nous avons dansé plus tard. C’est dans le bar d’un de nos amis que nous avons plus précisément compris qu’il s’était passé quelque chose de grave, d’impensable, à Paris. Je ne me souviens plus, peut-être avais-je bu, ou voulu oublier. Ne pas savoir quelques heures encore. Le lendemain au réveil, j’ai foncé sur mon ordinateur et découvert le message de ma soeur : « Je voulais te rassurer, te dire que nous allons bien. Luc est rentré ce soir et on a passé une bonne soirée avec maman et les enfants. Petit apéro, repas sympa et puis au moment de ranger, d’aller se coucher (les filles étaient déjà couchées) Luc m’a montré des images et infos sur Facebook. On a écouté France info, lui regardait sur son ordi… Est-ce ça la guerre? C’est tellement irréel que des gens se fassent tirer dessus dans une salle de concert ou un restau. On a écouté Hollande, il avait l’air sacrément ému. État d’urgence en France, frontières fermées, écoles,  musées… fermés demain.
On passe au plan Vigipirate rouge alpha, ça a l’ air vraiment sérieux. Est-ce qu’ils s y attendaient? Sûrement. Est-ce qu’ils attendent encore, ou encore pire ? En tous les cas frapper des gens un vendredi soir dans Paris, dans des endroits animés, tirer sur des innocents qui sont démunis et ne s’attendent surtout pas à ça, c’est tellement lâche, tellement barbare. Je me sens à la fois anéantie par ce drame, même si a priori je connaissais personne en particulier, et révoltée…
Bon je vais essayer de dormir, demain matin je vais quand même prévenir l’établissement qu’ils verront pas mes filles ( au cas où ils assurent un genre de permanence).
Quant au marché, on verra l’évolution de la situation, mais je crois que je vais zapper… Porte-toi bien, je t’embrasse fort. » Toute la journée, je ne peux que penser à mes amis. Mes amis allaient-ils bien ? C’était égoïste de penser cela mais je voyais très bien le restaurant de la rue de Charonne, car tout près habitait une amie chère. Le quartier attaqué, c’était le mien, du temps où j’habitais Paris. C’était vers la rue Fontaine-au-Roi où j’allais boire des verres ou encore ce fut, il y a longtemps, bien longtemps, au Bataclan qui les week-end devenait une boîte branchée gay peuplé de drag queen. C’était les années quatre-vingt-quinze qui me semblèrent à l’époque annoncer la mort de notre monde, la mort de quelque chose. Une nuit de marche solitaire j’avais eu une vision, j’avais vu la Seine en sang. Il y avait la guerre de Yougoslavie mais je ne m’y intéressais pas, c’était loin, je m’intéressais seulement à mes nuits en boîtes, à mes rencontres, et je vivais cela comme une révolte contre le monde du jour. L’élection de Chirac, Thatcher en Grande-Bretagne et le sinistre Reagan aux USA, tout cela faisait avancer à grand pas un monde néo-libéral en formation de combat. Je pensais qu’il n’y avait plus d’avenir. Je pensais qu’il fallait refuser de vivre ce qu’on nous donnait à vivre. J’avais décidé d’être serveuse, c’était plus concret que de faire du droit public dans une administration et je ne ferais de mal à personne. Au niveau salaire, ça revenait à peu près à ce que j’aurais gagné en me faisant exploiter dans un bureau. Au niveau ambiance, c’était plus vivant. Samedi, je repensais à tout ça, à ma vie, à cette époque, aux drogues que je prenais, aux mecs auxquels je me donnais, sans vrai désir parfois, à mes colères contre ma soeur qui était à fond dans le système, contre d’anciens amis étudiants qui eux aussi n’aspiraient qu’à entrer dans le système, contre le manque de courage de ma génération pour voir clairement après la première guerre du Golfe et celle de Yougoslavie, que quelque chose se passait de très grave que nous paierions un jour si nous ne nous opposions pas au « système ». Dès que je voulais argumenter, je partais dans des monologues… Enfin, je n’étais pas seule, car justement, le monde de la nuit à cette époque, dans cette frange dite « branchée » qui comprenait outre le Bataclan et des soirées au Tapis Rouge rue Saint-Martin, le Queen, le Palace et quelques after déjantés, beaucoup, la nuit, une fois se retrouvant au matin pour continuer à boire et à se droguer, parlaient de ça, de cette vie stupide du travail qui attend la retraite, et d’autres choses encore. De nos désirs infinis de vivre et d’une impossibilité. Puis, les boîtes ont changé, je ne sais plus quand, cela s’est fait insensiblement. Et j’avais assez de jugeote pour comprendre que ce n’était pas une vie. C’est devenu plus mondain, moins fou. Les trucs sexuels sont devenus interdits. Les flics ont commencé à arrêter les dealer. C’est devenu propre. On ne prenait plus de lignes sur les tables du Queen. C’était aussi dehors, dans le monde du jour, qui devenait de plus en plus sérieux, bien habillé avec ces jeunes qui rêvaient de voitures de sport, de foot, de blondes. J’avais une double-vie, si j’ose dire. Celle de l’écrivain. J’écrivais, mais cela posait des problèmes. On n’avait pas encore les ordinateurs portables, et c’était cher. En 1997, ma mère m’a offert une machine Canon, une Starwriter, où je pouvais travailler mon écriture. Il le fallait. J’étais rentrée chez elle, à vingt-huit ans, sans perspective, juste pour lire et écrire. Avec le RMI je me payais mes livres et des coups. Je ne savais pas où j’allais. J’étais contre tout et tout était contre moi. Il n’y avait pas d’amour. Je ne savais pas y faire ou tout n’était que séduction. Je me battais sans avenir, sans espoir de trouver du fric pour être un tout petit peu libre de mes mouvements, juste veillant à la journée qu’y passe, et croyant en l’amour fou, un jour. Seul cela m’intéressait vraiment sur fond de la vision que j’avais qu’un jour Paris serait en sang et que ce monde finissait. J’étais hors de moi devant la futilité de mes contemporains qui ne voyaient rien, qui ne sentaient rien, qui collaboraient. Je disais : « Jetez vos télés par la fenêtre un premier de l’an et le colosse s’écroule » ou encore : « Arrêtez toutes vos activités maintenant et ce sera un grand bordel, ils ne pourraient plus rien faire ». Cela n’avait pas grand sens, et je n’ai même pas milité pour cela, tellement je voyais que les gens tenaient à leurs trucs, à leurs petites histoires, à leurs petits succès. Je me suis toujours dit dès les années 85 que les gens de ma génération qui espéraient un jour toucher leur retraite tomberaient de haut à l’heure dite. Je n’ai jamais envié les salariés, les familles, ceux qui devenaient parents. J’aurais peut-être voulu mais je n’avais pas envie de porter au monde, en ce monde-là, un jeune être. Plus tard, j’ai été moins « terroriste », moins radicale et aie compris que ce désir-là était légitime, que c’était du vivant. J’étais donc comme ça. Puis, à force de bosser mon écriture et mon rapport au théâtre, je suis rentrée dans une revue critique en vue. C’est la première fois de ma vie que j’ai poussé un hurlement de joie. Je rejoignais enfin la société, je devenais membre en étant resté libre. Ce fut une expérience inouïe parce que je rencontrais des artistes, que je pouvais voir ce que je voulais et écrire sur ce que je voyais, et que là, soudain, les artistes qui m’avaient semblé toujours des gens à part, incarnant des libertés de penser, de vivre, en plus, aimaient mes textes, voulaient me rencontrer. Mais plus je suis rentrée dans le milieu, plus j’ai eu des déconvenues. Il y avait là aussi des gens installés, voire bourgeois, qui ne s’étaient pas donné de mission anti-système et qui, pire, faisait de leur « travail » comme ils disaient fièrement, un élément du « système » général. C’est là que j’ai commencé à comprendre le concept de « social-démocratie ». Il y avait aussi bien d’autres gens, autrement passionnants, mais justement au fur et à mesure que le néo-libéralisme s’était installé, réclamant ses inévitables coupes budgétaires et surtout la destruction du régime de l’intermittence du spectacle tout de même daté de 1936, perdaient leurs moyens, et se retrouvaient dans des situations de plus en plus invivables. Et des situations tristes tandis que l’establishment de la culture se constituait de plus en plus comme un establishment obéissant. Mission : transformer la création en un marché avec ses têtes d’affiche et une prime aux services de communication dans les lieux de culture publique. Ça devenait dégoûtant. Le plus dégoûtant, ce fut l’incapacité de ces milieux de se mobiliser, d’analyser pourquoi la culture publique qui fait la réputation de la France avec la révolution française, nos politiciens n’est voulaient plus. C’est plus compliqué que ça, mais je fais vite. En fait, ce que les artistes faisaient, de plus en plus, était emballé comme des produits et devenait inoffensif. Or ce qui m’avait donné la force dans les années quatre-vingt-quinze de dire non – ça je ne l’ai pas encore dire – cela avait été de voir sur des scènes de théâtre des acteurs qui vivaient intensément, et je me disais que la vie, ça devait être ça ou rien. Le théâtre m’avait bougé ou du moins m’avait donné la force de dire non, sans peur du lendemain. André Breton aussi. Tout cela m’avait donné la force de préférer mourir ou finir sur un trottoir plutôt que de faire des choses indignes ou de mener une vie absurde. Bien sûr, il y a des tas de gens qui m’entendant, me prenaient pour une folle. Il fallait soigner, éduquer, prendre sa part, produire, et pourquoi pas faire des spectacles intelligents qui fassent réfléchir, et ça c’était citoyen, pour eux. Sauf que je voyais l’envers et l’envers c’était que la machine néo-libérale, américaine même, progressait. Le 11 septembre 2001, j’avais cru à la troisième guerre mondiale, une journée. C’est la première fois où je me suis demandée où fuir, dans quel pays. Puis c’est passé. Fuir parce que je ne voulais pas m’être ainsi battue pour rester intègre et me faire dégommer parce que tous les autres subissaient, tête basse, se repayant en vacances et en petites soirées entre amis, leur humiliation. Je ne me suis pas intéressée au référendum de 2005 sur l’UE. Je ne comprenais pas, ça ne m’intéressait pas. Le problème pour moi ce n’était pas ça, mais les gens, ce qu’ils faisaient de leur vie, leur servitude volontaire, leur lente régression conservatrice, leurs peurs du monde. Par exemple ma soeur avait accepté que ses enfants soient baptisés et les avait mis dans des écoles privées du 6eme arrondissement, écoles grandes bourgeoises, pour éviter qu’ils fréquentent les écoles trop « mélangées » et réputées violentes du 14eme. Cela devenait surréaliste, vu que nous avions été élevée sans ça. Elle me disait : « Je veux donner des racines à mes enfants ». Je ne voyais pas trop vu que jamais une religion n’a fait une terre ou un pays. Mais je voyais la mutation à droite d’une société. Il y avait dans Paris des soirs où les voies publiques étaient fermées de longues heures pour que des patineurs s’amusent. En tant que spécialiste de droit public, je me demandais à quel titre de pareilles autorisations étaient concédés. En tant que moi, je me demandais qui étaient ces gens qui s’éclataient en patinage collectif ? Il y a eu aussi à Paris la coupe du monde de foot, un summum d’inconscience, des jeux et du cirque pour le peuple, un summum dans la puérilité…. Paris ce fut ça aussi.

Puis il y eut Fukushima. J’ai eu très peur à ce moment-là. Un 11 mars 2011. Très très peur pendant plusieurs mois, parce que la France est une bombe à retardement. J’ai pris un planisphère et penser à

comment fuir Paris en cas de grand danger. J’ai toujours été contre le nucléaire. Je trouve cette énergie diabolique. Et je sais que cela arrivera en France, un jour. J’ai donc pris le planisphère et j’ai conclu à la Patagonie. J’ai commencé à mire des livres sur la Patagonie. 2011, ce qui se passait à Athènes commençait à être connu. J’ai commencé à lire des choses sur la Grèce. J’y suis allée, un premier voyage de cinq jours, et là, le choc intégral. Ici il y avait des gens qui n’étaient pas tout à fait dans le système. Il y avait de la vie partout. A mon retour, j’ai couru à la Fnac acheter une grammaire et un autre livre édité par des universitaires. J’avais trouvé mon pays de fuite. Je ne voulais plus vivre dans la peur. J’ai quitté Paris après vingt ans en juillet 2013 pour Marseille. Je voulais être loin de Paris qui me faisait de plus en plus peur, tellement je trouvais futiles les formes de vie qui y prospéraient, au regard de ce qui se jouait dans la géopolitique. Je sentais que ça devenait glauque. Et je ne voyais pas au nom de quoi je devrais payer dans ma vie ce que la lâcheté quotidienne des gens, ignorant la misère galopante en province, la misère symbolique aussi pandémique, allait provoquer. Mais à Marseille j’ai trouvé la même chose qu’à Paris. C’était donc français. C’était même plus cru. Les femmes en burqa, la misère sensible et intellectuelle de la population, le train-train du milieu culturel et son panier de crabes minable, les coupes budgétaires des pouvoirs publics envers la culture, etc. Il y avait aussi, bien sûr, des gens extraordinaires, comme à Paris, mais ces amis servaient comme malgré eux de cautions à un système qui tournait rond.

Je n’ai pas passé six mois à Marseille tellement je ne pouvais plus vivre séparée de la Grèce et de sa vie. Les artistes ici étaient sans aucun moyen et spontanément inventaient le partage des signatures, le travail collectif, et l’indifférence pour savoir qui faisait quoi. Il y avait juste la joie de faire. Je l’ai vécu personnellement dans la performance du 11 novembre dernier. D’ailleurs, artistes ou pas, là n’était pas la question : tout le monde mettait la main à la pâte, sans soucis de s’approprier quelque chose, mais en revanche dans le soucis de faire bien, de bien accueillir, d’être là. Je ne suis pas là en train de dire que des grecs sont meilleurs que des français. Il semble que les mémorandums aient tellement exposé la population que la formation d’un sentiment d’appartenance à ce qui est peuple se soit répandu. J’ai quand même souvent dit à mes amis grecs que leur résistance était aussi nourrie d’une Histoire exemplaire. D’une culture aussi qui ne s’était jamais coupé l’herbe sous le pied. Comme j’étais étonnée de voir ce que ce mot de « culture » pouvait avoir ici de populaire. Une culture qui fait que des poètes ont donné des chansons mises en musique par des musiciens géniaux, qui à rebours des modes américaines, ont su inventer des musiques grecques modernes…. Du coup c’est tout un peuple qui chante ce qui n’a pas d’équivalent en France au niveau poétique, mais c’est aussi chanter leur langue, leurs émotions (séparations, pertes, défaites, deuils, dans le champ amoureux et politiques). Du coup leur résistance à l’Union Européenne et leur OXI du 5 juillet, ça ne vient pas de nulle part. C’est d’eux qu’il nous faut recevoir des leçons de courage.

Je vais être dure. Les 400 morts et blessés (je pense aux blessés qui vont survivre, mais handicapés ou marqués à vie dans leur chair) ce n’est rien face à la guerre économique qui a visé et continue de viser la Grèce. Qui vise les Balkans. Qui vise nos démocraties, toutes nos démocraties. Tout ça c’est rien, ce 13 novembre c’est rien. C’est juste du rêve qui se dissout et de la réalité qui débarque sans papiers. De la réalité postmoderne dont des philosophes comme Baudrillard nous a averti il y a quinze ans. Quand j’ai compris ce qui s’était passé, j’ai pensé que le monde du néo-libéralisme et du nouvel ordre mondial accélérait. Personne ne sait ce qui s’est vraiment passé, pas plus que pour le 7 janvier. Il y a juste un crescendo. Le 7 janvier, c’était l’apéritif, et tout le monde voulait être dehors, sans se sentir vraiment « exposé ». Aujourd’hui, tout le monde se sent « exposé ». La notion d’exposition, je la prends à Agamben avec lequel je ne suis pas en phase à fond, mais enfin il a parlé de ça, de l’exposition des peuples. Il y en a un autre, Didi-Huberman, avec qui je suis plus en phase, parce qu’il s’intéresse de près à ce que font les artistes à ce sujet, et qu’il est assez juste. Et aussi parce que je partage sa pensée, qui est que notre tâche c’est de figurer les gestes populaires et de donner une figuration «  à ce qui fait peuple en nous ».

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Face à ce 13 novembre, il suffit de voir quelle cible ont été visées pour sentir ce qui est en danger. Pourquoi le 11eme arrondissement et pas quelques coups de mitraillettes dans le 7eme ou le 6eme ? Parce que la bourgeoisie n’est pas la cible. C’est ce qui fait « peuple(s) en nous » qui est visé. Cela ne m’intéresse pas de connaître les intentions subjectives, juste seulement voir objectivement ce qui s’accomplit sous nos yeux hébétés. La salissure. Ce sont toujours des formes de vie plutôt ressenties comme à gauche même si pas engagés qui ont depuis le 7 janvier frappées. C’est comme une machine en marche, aveugle, qui nettoie ce qu’elle doit nettoyer pour son extension.

Samedi, je n’ai pas eu le sentiment qu’elle allait s’arrêter comme ça.

Iici Christine Lagarde au G20 en Turquie, le 14 novembre. Les vampires ont les mains propres. Ils sont malades. Ils ont une horreur, celle de savoir qu'ils sont "peuple" comme tout le monde.

Les vampires ont les mains propres. Ils sont malades. Ils ont une horreur, celle de savoir qu’ils sont « peuple » comme tout le monde.

Maintenant, que je dise ce que je mets dans « ce qui fait peuple en nous ». J’y mets quelque chose qui peut-être ne veut pas en être, qui a honte. J’y mets la piété populaire spontanée des autels élaborés spontanément à Berlin, Athènes, Paris, au Venezuela, partout au monde au fond. Dans une conscience que ce qui était visé, c’était une liberté de vie voire une insouciance. Une espèce de rêve de vie et d’ailleurs. Que Paris n’est pas, tant les loyers sont chers par exemple. Et la culture de plus en plus fabriquée comme je l’ai évoqué. J’y mets surtout l’exposition, la mise en danger de quelque chose de secret. J’y mets tout ce qui « ne fait pas bien », tout ce qui est particularisme, accent, manières d’être, argot, défaillance (je n’arrive pas à être conforme), mauvais dress code en même temps en ayant essayé d’être dedans, terroirs en nous, rêves sur un autre peuple, joie de se retrouver dans une manifestation, joie de voter, joie de voir tomber un politicien pourri, et tous ces trucs du quotidien où on fait la vaisselle, le ménage, la lessive, l’amour, où on sort nos poubelles tous seuls, où l’on se dispute pour rien en fait, où on essaie d’oublier d’où l’on vient aussi. Je pense que tout est fait depuis un demi-siècle si ce n’est plus pour que nous ayons honte d’être peuple. Et d’avoir du peuple en nous. D’avoir des imaginaires de peuples autres en nous. Des rêves de se visiter, de changer d’identité. Je pense que tout est fait pour contrôler ça strictement et surtout priver les Français de savoir à quel point on les rêve dans le monde entier. Mais cette notion est ouverte et je suis sûre recevra peu à peu un contenu très fort. Je ne veux pas dire « nous sommes le Peuple », c’est ridicule. Je veux dire qu’en chacun il y a du peuple voire des peuples et aussi autre chose qui ne veut pas en être, qui veut être propre, bien élevé etc. Parce que historiquement, dès le 18 eme siècle c’est ça qui est fait d’associer l’idée de « peuple » à celle de « plèbe » et ensuite arrive le marxisme, qui est une catastrophe rétrospectivement pour la pensée de gauche. Puisque le marxisme fait du peuple un prolétaire et là oublie complètement que des bourgeois, des aristocrates, avaient leur côté peuple (sale, les pieds ou les mains dans la terre ou les matériaux). Proust a suffisamment ri avec ça pour que nous en ayant la mémoire.

Pour moi, ces attentats ont fait débouler le post-modernisme là dans la ville où la modernité a été pensée, avec Baudelaire et plus tard Walter Benjamin. L’alliance de l’intemporel et du contemporain. Ou plutôt la survivance de l’intemporelle dans les formes contemporaines. On a vu le samedi des déclarations de bal masqué de la part de gouvernants faisant des incantations à la culture, à nos valeurs, mais après avoir étudié les cibles, j’ai vu que le gentil groupe des Eagle of Death Metal c’était une grosse blague idiote, qu’aux terrasses des cafés les consommateurs vivaient comme si de rien n’était, et au Stade de France, notre président était là (comme d’autres depuis des années). Et ensuite vous entendez cet homme dire que les valeurs et la culture de la France ont été attaquées…. Le match de foot est à mes yeux le cirque le plus bête qui existe. De quelle culture parlait-il ? Est-ce normal qu’un président de la république assiste à une entreprise privée de vente de billets ? Que cautionne-t-il, ce faisant sinon l’acculturation populaire ? Ce sont des cibles hyper populaires qui ont été visées.

Le 5 juillet 2015, le OXI grec a mis en pleine lumière un peuple, et nous avons vu qu’il n’avait aucun moyen de se défendre. Il est sorti de l’ombre avec un courage inouï. Et il a été exécuté. Etrangement, ça j’en suis suis sûre, tous se sont mis à trembler et à se sentir exposés, partout dans l’UE, cette prison. Aujourd’hui c’est le peuple de Paris qui est visé. Partout dans le monde, des réactions de soutiens spontanées. Mais ça n’empêche pas. L’exécution publique continue. On est désormais en France pays de libertés pour nos admirateurs sous l’état d’urgence pour trois mois…. Que va-t-il arriver entre temps ? Je regarde ça et me dis, que, oui, je suis partie à temps, et je l’ai pu, parce que depuis vingt ans je sais que ça va arriver un jour, et je me dis je ne voulais pas avoir raison. Mais j’ai vécu ainsi, dans cette perspective. Pour moi tout est trop tard. L’exécution publique via l’économie du peuple grec c’est bien plus grave en terme de suicide, de vies détruites que les 400 victimes des attentats de Paris, et ce qui est fou c’est que les Parisiens ignorent à ce point ce que les peuples européens attendent d’eux car Paris est tellement symbolique dans le monde entier. Et je m’épuise à dire que Paris est inconscient…..

Piété populaire

Piété populaire

J’espère qu’après ce texte vous aurez oublié tout ce qui est analyse de l’ennemi et aurez compris que vous êtes au centre, regardés, très regardés en fait, démesurément…. C’est certes gênant mais dans un monde mutant, Paris (et pas la France) est à abattre parce que vous êtes encore un peuple mais ne le savez plus et vous ne savez plus ce qu’il vous revient. Moi, je dis, c’est trop tard. Je dis « vous » car je vous ai quittés, impuissante, ne voulant plus faire partie d’un centre symbolique qui se reniait. Qui ne se voulait pas peuple. Le 6 main 2012 on avait une grande émotion, et cela déferlait sur Bastille et on s’est fait blouser. Quelques jours après j’apprenais que Hollande était du groupe Bildeberg qui fondé en 54 est à l’origine de l’idée d’Union européenne. Un groupe américain, et que les frontières de la première CEE étaient celles du saint-empire-romain-germanique donc l’empire barbare des carolingiens. La guerre n’est pas finie. Il y a à l’intérieur de ce projet auquel nos gouvernants qui glissent d’appartements luxueux et berlines silencieuses en salles de réunions climatisées une vraie haine de « ce qui fait peuple en eux », un vrai délire. Ils n’ont pas tant peur de nos révoltes, que d’être touchés, que de se salir les mains en vous touchant, c’est pas du tout marxisme comme vision même si je sais ce qui se joue sur ce plan (ça leur sert d’alibi rationnel), nous ne sommes pas loin du nazisme…. Qui d’ailleurs attaqua quoi sinon ce qui faisait un peuple par delà ses voyages. Nous sommes dans le rapport à ce qui est autre en nous. Je ne dis rien ici de ce que je pense vraiment. Je me garde ici de critiquer tous ceux qui ont estimé bien de s’afficher avec un drapeau français sur leur photo de profil facebook en arrière-plan, je m’abstiens d’attaquer tous ces appels à la paix inopérants, et tout l’esprit pacificiste à côté de la plaque vu qu’un peu en retard sur les engagements de notre paus en Lybie et Syrie et ailleurs d’ailleurs. Tout ça parle d’une certaine misère et d’un peu « je veux m’en sortir sans rien faire et en continuant ma vie comme si de rien…. » Mais je ne vois rien dans les corps et les paroles de l’ordre d’une vraie prise de conscience qui appelle une organisation et un mouvement politique. Quant au parti de gauche, nous avons appris sa mort ce week-end au Bataclan. Il l’était déjà mais son impuissance à analyser l’événement en dit long. Bref, les peuples, dans toutes l’Europe, et par extension, sont nus et exposés….. La chair à vif . La suite ne sera pas à mon sens heureuse. Je ne suis pas partie par lâcheté mais pour sauver autre chose.

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